PALABRAS SEGURAS 2

– mots mis en sécurité – mots confiés à la rivière…………………………….. le 24 février 2016

En espagnol SEGURA signifie sécuriser et assurer. La rivière Segura porte un nom qui appelle aux confidences et à la fiabilité. Elle est la grande veine de la vallée. Elle a une texture douce et onctueuse et nourrit d’innombrables vergers d’oranges et de citrons. Elle est à moitié brouillée par les résidus de calcaire.
Puis PALABRA signifie mot; un son qui agit avec des intentions, qui change avec le temps, les nécessités et les provenances.
Nous confions tant de certitudes dans un mot. Pourtant il est seulement ce qu’il est: un moment de clarté, d’espoir, une réalité fluide qui va disparaître, tout comme la fin de sa résonance. Un écho à la rivière. Les mots sont donc paradoxalement significatifs. Ils semblent immuables et durs; ils peuvent blesser. Mais ils ne sont qu’une rivière qui coule et peuvent être émis de façon insignifiante, au passage.

Ainsi il semble que Palabras Seguras puisse refléter les sens de confier et d’affirmation mais ces deux mots portent des contradictions: fluidité et solidité, sécurité et non-permanence. Le fleuve lui-même représente le temps qui passe et tout ce qu’il contient disparaît constamment en dépit du fait qu’il est immuable.

J’ai travaillé fort pour concevoir et construire le dispositif de treuil à manivelle pour manoeuvrer les mots sur la rivière: toute une journée passée à Murcia, des kilomètres de marche dans et hors de la ville, le temps consacré à trafiquer le dispositif pour le solidifier..
Mais après la première tentative, la très forte tension sur les cordes provoquée par l’entrainement des panneaux dans le courant a discrédité mon système. De plus, l’effet visuel est plus intéressant lorsque les panneaux de lettres sont en suspension dans le vent avant d’adhérer à la surface liquide et d’être immergées. Il y a à ce moment moins de tension sur les cordes accrochées à la balustrade du pont, et je suis plus disponible à la rencontre avec la communauté.

Ainsi s’affirme encore plus la non-permanence. PALABRAS SEGURAS réapparaît en miroir sur la rivière qui s’écoule. Les mots flottent au vent. Au rendez-vous à la balustrade du pont de Blanca, comme une ligne de pêche lancée au vent, entre deux cordes, les mots appellent les mots.

photos: Miriam Barriga Martínez

PALABRAS SEGURAS
– Words put in security – words entrusted in the river………………….   February 24, 2016

In spanish SEGURA means to secure and to assure. The river Segura has a name that calls for confidence and reliability. It is the vein of the valley. Its surface has a smooth moving texture and it nourishes countless orchards of oranges and lemons. It is half blurred by the limestone residues.
Then PALABRA means word; a sound that acts with intentions, that changes with time, necessities and provenance.
We entrust so many certainties in a word. Yet it is only what it is: a moment of clarity, of hope, a fluid reality that will vanish just like the end of its resonance. Echoes on the river. Words are paradoxically so meaningful. They seem solid and unchangeable so they can hurt. But they are only a river flowing and can be said insignificantly, on the go.

So Palabras Seguras may reflect the sense of trust and affirmation but those two words carry contradictions: fluidity and solidity, security and non-permanence. The river itself is time passing by and everything it carries constantly disappears despite the fact that the river remains constant.

I worked hard to conceive and build the crank winch device to maneuver the words on the river: a day trip to Murcia, kilometers of walk in and out of the city, time spent to work to solidify the device…
But after the first attempt, the strong tension on the strings caused by the current pulling on the panels discredited my system. In addition, the visual effect was more interesting when the letters were suspended in the wind before sticking to the liquid surface and being immersed. There is then less tension on the strings attached to the railing of the bridge, and I am available to meet with the community.

PALABRAS Seguras reappears mirrored on the river. The words float in the wind. From the railing of Blanca’s bridge, like a fishing line thrown to the wind, between two ropes, words call for words.

En préparation de projet

Le travail que j’effectue présentement à Blanca demande d’établir une communication avec les gens d’ici. Ne pas parler espagnol ne m’avantage pas. Malgré ceci, les gens sont d’une patience incroyable à mon égard et entrent dans la discussion que je propose en essayant de me faire comprendre ce qu’ils veulent dire. La première personne avec qui j’ai établi un contact qui se réitère, est Pepe, que j’ai croisé sur la «Plaza del 18 de Julio» et où je me suis rendue quelques fois pour dessiner. Il m’a expliqué comment les gens perçoivent le fait que la rue «Generalisimo Franco» soit vouée à être changée de nom, suite à une règle que veut appliquer l’état. Les opinions sont partagées à ce sujet. J’ai aussi connu Fabian et Valentina, qui m’ont accueillie dans leur atelier de couture pour réaliser les panneaux de toile qui flotteront sur le Rio Segura. D’origine roumaine, Florian est arrivé il y a une quinzaine d’années à Blanca. D’abord mercier, c’est-à-dire qui réalise divers travaux d’aiguille d’articles qui servent pour l’habillement et la parure, il a fait divers boulots avant de choisir de s’installer à Blanca. Sa compagne Valentina est alors venue l’y rejoindre il y a une dizaine d’années. Ils ont un fils de 17 ans. Je leur ai demandé comment la communauté de Blanca les avaient accueillis et tous les deux affirment qu’ils ont trouvé ici une place où ils se sentent chez eux. C’est plus qu’un coup de main que j’ai reçu de leur part (Florian, méticuleux, s’est affairé aux machines à coudre et au fer et en deux temps, trois mouvements, le boulot fut vite et magnifiquement fait) par une discussion détournée (Valentina comprend l’anglais, me répond en espagnol, et me précise ce que dit Florian en espagnol) c’est leur vrai perception de l’Espagne qu’ils ont pris le temps de m’expliquer. C’est donc en hommage à ces personnes que je mettrai à l’eau mardi à 17h local, les premiers mots sur le Rio Segura.

Samedi le 13 février dernier, à Murcia.
À 7h48, j’ai pris l’autobus Blanca-Murcia qui met 1h20 par trajet. J’y suis allée pour trouver du matériel et aussi pour me ravitailler en produits bio que je ne trouve pas à Blanca. J’avais noté sur internet toutes les quincailleries et magasins de chasse et pêche susceptibles de détenir une bobine à manivelle, soit de pêche, soit pour boyau d’arrosage, soit un treuil de remorquage.. J’ai marché plus de 10 km à Murcia pour trouver la manivelle en question. Une pas si bonne information m’a fait marcher jusqu’à un secteur hors la ville, où l’établissement en question était fermé ce jour-là. Un samedi, quelle folie! J’ai honte de dire que j’ai trouvé chez Leroy-Merlin, une sorte d’Ikea-Home-Depot français en périphérie de Murcia, mais du côté opposé de la ville. Bon, il fallait..
Puis je me suis chargée à bloc de mes achats bio avant de reprendre le bus de 20h pour Blanca.

Hier, j’ai peint les lettres du premier lemme de mon projet. Aujourd’hui, j’ai préparé la manivelle qui servira de treuil à l’installation. La mise-à-l’eau est pour bientôt.

Rue Generalisimo Franco

Rue Generalisimo Franco

monument à Franco

monument à Franco

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Travail de préparation

PALABRAS SEGURAS

Mardi le 16 février 2016, les lettres étaient prêtes pour partir flotter sur la rivière Segura. À 17h (moins 5) a eu lieu la mise-à-l’eau.

Les 15 lettres du message: PALABRAS SEGURAS ont été peintes sur des panneaux de tissus reliés entre eux par deux cordes. La dernière lettre est reliée à une seule corde enroulée sur une bobine à manivelle attachée au pont. C’est le test.

Les premiers instants sont magnifiques, les lettres volent ! La pression sur les cordes devient très forte lorsque le courant de la rivière les entraîne dans sa dérive. Nous voulons laisser l’entraînement de l’eau faire voyager les lettres du message et qu’il apparaisse tel dans une parade. Mais le courant pousse le train de lettres vers la rive et le voyage se termine en petit naufrage, devant le musée de Blanca. Une des lettres s’est empêtrée dans un fil de nylon de pêcheur.

PALABRAS SEGURAS pourrait se traduire par: mots en sécurité ou mots confiés. Ici, il s’agit d’un appel. J’appelle les gens de la ville à me dire le prochain mot qui partira à la dérive, qu’ils me confient le prochain nom, le prochain sens, le prochain message auquel j’assurerai un voyage sur l’eau. J’espère avoir la chance d’obtenir ces mots-confidences en cadeau que je partagerai.

Un énorme merci à Elena Azzedin, Lucia Petrilli ainsi qu’à Arnas pour l’aide qu’ils m’ont apportée et à AADK-Centro Negra de Blanca, où le projet se déroulera jusqu’à la fin mars.

English below

Photos: Lucia Petrilli

On Tuesday, Feb. 16, the letters were ready to go floating on the Rio Segura.

The 15 letters composing the message: PALABRAS SEGURAS were painted on panels of fabric interconnected by two ropes each. The last letter was connected to a spool attached to the bridge. The test began.

The first moments are beautiful, the letters are flying ! The pressure on the strings becomes very strong when the current of the river draws the panels into his drift. We want to let the letters be transported by the water so that the message appears in a parade. But the current pushes the train of letters to the shore and the journey ends in small wreck, in front the museum of Blanca. One of the letters was entangled in a fishing nylon thread.

PALABRAS SEGURAS could mean: safe words or entrusted words. For here it is also a call. I call on the people of Blanca to tell me the next word that will be sent on to drift, so that they entrust me with the next name, the next direction, the next message that I’ll put on a trip on the water. I hope to have the chance to be given these gifts of confidences words to be shared.

A huge thank you to Elena Azzedin, Lucia Petrilli and to Arnas for the help they have given me and AADK-Centro Negra Blanca, where the project will run until the end of March 2016.

Voyage vers Blanca

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À partir de Montréal pour atteindre Blanca, c’est un vol vers Philadelphie puis 1h10 d’escale, un deuxième vol de 7h15min. vers Madrid, une attente de 4h50min (dont j’ai profité pour visiter Madrid) puis 4h de train vers Murcia où je suis restée 3h avant de prendre l’autobus qui m’a emmenée à ma destination finale à 21h le soir du 1er février. J’étais heureuse qu’on m’attende à l’arrivée, c’est rare. D’ailleurs, on m’avait aussi déposée au départ à Montréal, c’était de bon augure. Et même, quelle joie, un arbre du voyageur m’attendait à la gare de Madrid. C’est par tous ces intervalles que j’ai transité de la neige aux palmiers. Ici, c’est l’été pour la québécoise que je suis.

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Blanca est une petite ville calée entre les collines qui encadrent la vallée du Rio Segura. Le lieu est gorgé de lumière. C’est de plein fouet qu’entre le soleil du matin par les portes vénitiennes de mon studio qui surplombe la ville, en montant vers le »Castillo». La petite ville enlace la rivière et s’étend sur les versants des collines où les rues laissent place à un labyrinthe de passages et d’escaliers. Là, d’anciennes fermes ont jadis occupé de petites casas d’une pièce qui contenaient ici des poules, là des lapins, un ou deux cochons et des habitant.e.s. Cette époque est révolue. De ces constructions anciennes, les plus hautes juchées sont en ruines, les murs à moitié érodés servent de cachette à des dépôts de rebuts et aux nombreux chats errants que l’on aperçoit dans les escaliers de la ville. Les constructions plus basses sont coquettement emménagées par la vie d’aujourd’hui.

Je suis en plein décalage horaire. À 10h, je voudrais dormir; j’ai les yeux grands ouverts à 5h du matin. Je n’ai pas besoin de montre ici; les cloches des églises sonnent les quarts, les demie, les trois-quarts et les heures qui se présentent ainsi: les quatre coups pour annoncer l’heure ronde, puis le nombres d’heures en questions. En ce moment, il est 19h02 mercredi. Les cloches sonnent une série de carillons aux 5 minutes et à répétition, puis le nombre d’heures en question. Il y a un signal que je ne comprend pas. J’aurai le temps, deux mois pour apprendre.
Ici, d’autres artistes sont aussi là et viennent de Belgique, d’Argentine, d’Espagne… Tiens! maintenant les carillons jouent le »Ave Maria». Le clocher de l’église est illuminé le soir. Depuis une demie-heure on entend à intervalles de petites détonations sèches. Ah, et puis voici un avion militaire qui vient de raser les toits de la ville. Le son du bolide persiste et survole encore les alentours. Va savoir… Décidément, je ne suis pas encore des leurs.

clocher de San Juan Evangelista

clocher de San Juan Evangelista

Description du projet: Mots de la Segura / Palabras del Segura

En résidence d’artiste au Centro Negra à Blanca, Murcie, Espagne, février et mars 2016

1.2. – 30.3.2016 En Atelier-résidence organisée par AADK – Aktuelle Architektur Der Kultur, au Centro Negra à Blanca, en Murcie, au Sud de l’Espagne. Le travail proposé aura lieu sous la forme de rencontres et d’actions publiques dans l’espace, spécifiquement sur la rivière Segura qui traverse le village de Blanca, et qui sera utilisée comme surface de déambulation et de projection.

 

la plante en ville 10

IMGP9294Mercredi le 12 août 2015, jour de soleil, j’ai promené la plante en direction nord, jusqu’au Champ des Possibles. En route, j’ai croisé des gens souriants, des enfants étonnés, curieux. Une petite fille m’a suivie un bloc, elle devait passer par là mais elle a marché derrière moi et m’a vite dépassée lorsqu’elle a atteint son feu vert. Cette fois, on ne m’a pas interrogée. La feuille géante a suscité des sourires, des «Wow!», des «Super!». Au coin des rues St-Denis et Laurier, des travailleurs de la voirie m’ont suggéré de marcher du côté ombragé de la rue pour ménager la feuille. Personne n’a posé de question. J’avais l’impression qu’on connaissait déjà la plante en ville. Au Champ des Possibles, un monsieur était assis sur le carré de bois et lançait une balle à son chien avec une espèce de crosse en plastique. Il m’a demandé si ma feuille allait mourir, je lu ai répondu oui (il me demandait à sa façon, si j’allais laisser la feuille sur place). Mais en fait, j’aurais pu lui répondre non, qu’elle allait maintenant vivre encore ici. J’ai installé la feuille sur le socle de bois, elle faisait «oui» dans le vent.

On Wednesday, August 12 2015, sunny day, I walked the plant north up to the Champ des Possibles. On the way I met smiling people, children surprised, curious. A little girl followed me for a block, she was simply going her way, but she stayed behind and quickly passed me when she reached the green light. So this time, I was not questioned. The giant leaf generated smiles, « Wow! », a « Great! », and then at the corner of St-Denis and Laurier streets, the road workers suggested that I walk on the shady side of the street to protect the leaf. But no one asked any questions. It almost felt like the plant was known. In the Champ des Possibles, a man was sitting on the wood stage and launched a ball with a a kind of lacrosse stick to his dog. He asked me if my leaf was going to die. I said yes (I read that in his way, he asked me if I was going to let the leaf there). After thought, I could have answered no, for she was now going to live there. I installed the leaf on the wooden base, she was waving «yes» in the wind.

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la plante en ville 9

Vendredi, 25 avril 2014, journée éclatante pour la plante en ville. Cette promenade avec une feuille est passée par la rue St-Denis et ses terrasses occupées, puis par la rue Rachel, jusqu’au parc Lafontaine.

Sur Roy: – C’est une vraie plante? … You rock !

Sur Rachel: – Je peux vous demander ce que vous faites? C’est quoi?    – J’ai cette plante chez moi, et lorsque une feuille se fane un peu, je la coupe et la disperse dans différents endroits de la ville.      – Et comment s’appelle cette plante?   – Un Ravanela…heu.. Arbre du Voyageur.      – Ça vient d’où? D’Amérique du Sud?      – De Madagascar, mais elle pousse aussi à la Réunion, à la République Dominicaine, la Guadeloupe.      – Elle est aussi grosse que cela chez vous? Vous devez avoir beaucoup de lumière, il doit faire chaud… Vous l’avez depuis longtemps?     – Oui, une vingtaine d’années.     – En tout cas c’est très beau. Bonne journée à vous!

Au parc Lafontaine, des rigolades et des murmures:    – C’est quoi?…une feuille de plante?..     – C’est une vraie?…

La feuille a été déposée sur la balustrade du pont, près des musiques de la guitare et de la cithare, en plein soleil.

Friday 25th April 2014 is a brilliant day for the-plant-in-town. This walk-with-a-leaf followed St- Denis street and its sunny terraces, then took along Rachel street, up to Lafontaine Park.

On Roy : – This is a real plant ? … You rock !

Conversation on Rachel street:    – Can I ask you what you do? What is it?    – I have this plant in my home, and when a leaf fades a bit, I cut it out and take it out towards different directions in the city.     – And what’s the name of this plant ?    – A Ravanela… or a .. a Traveller’s Tree .    – Where does it come from ? South America ?   – From Madagascar , but it also grows at the Reunion , the Dominican Republic, and Guadeloupe .     – It’s as big as this in your home ? You must have a lot of light, it must be warm … You’ve had it since a long time?     – Yes, twenty years .    – In any case, it’s very beautiful . Good day to you !

Lafontaine Park, through laughs and whispers .. – What is it?… a plant leaf… – Is it real?

The leaf was hooked at the bridge, in full sunlight. Near by was music with guitar and zither.

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Projet  la plante en ville – promenade avec une feuille