Archives de l’auteur : Sylvie Laplante

A propos Sylvie Laplante

multidisciplinary & road artist

la plante en ville 11

La dernière plante en ville a eu lieu le 26 août 2017. Lorsque je suis revenue à Montréal après une absence d’un mois, j’ai retrouvé la plante abîmée, des tiges s’étaient affaissées, rendues fragiles par le manque d’eau de la canicule d’été chez moi.
Cette promenade s’est effectuée sur- et sous terre, en métro. Nous nous sommes dirigées vers le carré Saint-Louis et sommes descendues au métro Sherbrooke. Nous sommes remontées au métro Lionel-Groulx. La promenade s’est terminée au tertre qu’occupe le centre Dare Dare. Ce samedi-là avait lieu une Petite Vite: un évènement où des artistes, des commissaires venaient présenter leur démarche, leur pratique ou leur projet en quelques minutes comptées.
Il y a déjà 5 mois que l’évènement a eu lieu.
Images et mouvements captés par Alain Richard

Diffusion de nouvelles dénominations

Projet PALABRAS SEGURAS

Ma résidence à Centro Negra, à Blanca en Espagne, s’est terminée par la présentation du projet final présenté le 26 mars, aux abords de la rivière Segura. À l’entrée de la ville, huit panneaux noirs peints de lettres blanches qui formaient «PALABRAS»  étaient suspendus aux lampadaires pour être lus dans la perspective de la rue, dans le sens de la circulation automobile, et inversement. D’autres panneaux formant le mot «SEGURAS» étaient installés le long de la promenade face au musée de Blanca mais sur l’envers de ces sept panneaux étaient peints de courts textes que j’avais choisis et qui relataient ma rencontre avec sept personnes que j’avais connues à Blanca. Chacun de ces courts textes décrivait une nouvelle dénomination de rue, ruelle ou place, du nom de la personne auquel il référait. Les panneaux pouvaient être lus par les promeneurs et promeneuses, dans cette petite bourgade où personne n’est inconnu.

Cielo Algas

Photos: Jair S Méndez

Vendredi le 19 mars 2016, des algues blanches sont apparues dans le ciel de Blanca, en Murcie dans le sud de l’Espagne. Une corde a été tendue sur 180m de distance, au-dessus du précipice entre le Castillo et une antenne située à mi-chemin de la Virgen Blanca. L’artiste Jaïr Mendez m’a accompagnée et il a réussi à photographier le travail tout en retenant la corde au-dessus du vide.  Entre les deux points de fixation situés sur deux élévations, j’ai bataillé entre les buissons-velcro et les aspérités de la montagne pour réussir à tendre le câble.

Friday, March 19, 2016, white algae appeared in the sky of Blanca.
A rope of 180m was to be stretched above the cliff between the Castillo and an antenna located halfway to the Virgen Blanca. I worked with the help of artist Jair Mendez, who managed to photograph the work while still holding the rope halfway the attachment points, as I linked both ends.

¡Más lejos!

Samedi le 12 mars 2016
Avec seulement 8 lettres pour deux mots, j’ai choisi cette fois d’essayer de faire seule la mise-à-l’eau. «Más lejos!» – plus loin – aurait dû s’envoler avec facilité mais ce jour-là, la direction du vent était inversée. Mes panneaux se sont engouffrés sous le pont. J’ai remonté le tout et changé de côté de pont pour faire voler mes mots dans le bon sens du vent mais le courant de la rivière lui ne change pas. Et même en raccourcissant autant que possible la longueur des cordes, mes mots trempaient et partaient dans le courant inverse pour à nouveau, s’empêtrer sous le pont. J’ai remonté le tout pour y remettre de l’ordre et reprendre la manœuvre à nouveau de l’autre côté, mais le tout s’est définitivement bien empêtré.
Deux messieurs de Blanca ont observé mon travail. À la fin, ils sont venus me rejoindre sur le pont et nous avons discuté pendant une bonne demi-heure du projet puis d’eux et de leur histoire. Les deux sont amis d’enfance et sont nés à Blanca. Salvi et Rafa vivent maintenant dans une autre ville de la région mais reviennent visiter leur famille à Blanca et se retrouvent à l’occasion. Les deux sont d’avis que des rues devraient changer de nom pour ne plus faire honneur à certains personnages de l’histoire. Plusieurs personnes à Blanca pensent ainsi mais d’autres pensent aussi que l’histoire est ce qu’elle est et que changer le nom des rues n’y changera rien. Souvent, des gens d’une même famille sont divisés sur ce sujet.
De mon bord, j’observe ceci: mes mots ont un sens mais le contexte leur en donne un autre. La rivière coule de son bord mais le vent souffle autrement. Ça s’emmêle et personne n’y comprend plus rien. Aussi la communication m’est difficile, je ne parle pas la langue; écho aux difficultés techniques que je rencontre.
Je persiste à vouloir faire apparaître des mots dits, sur l’eau. Qui les voit? Qui veut cette tribune? Je veux qu’ils flottent jusqu’au musée, mais l’eau les submerge et le courant les fait chavirer. Alors je veux qu’ils partent au vent, mais le vent tombe ou bien se retourne. À chaque essai, je pense avoir compris, j’ajuste et je recommence.
Donc continuons.
Je constate que la rivière n’est pas le cœur de Blanca. C’est Gran Via, la rue principale, qui est le cœur vivant de la ville. Aussi, Blanca est entourée de miradors. J’aimerais déplacer les mots. Comme une étrangère qui cherche à se faire entendre mais ne parle pas la langue, je sautille pour que mes lettres soient vues mais l’on ne les voit pas. Alors je vais les leur mettre en long et en large au-dessus de la ville, à hauteur de lunettes, sur la pointe du nez.
Et maintenant, quelle sera le prochain naufrage?

Saturday, March 12, 2016
With only 8 letters for two words, this time I chose to try to send alone by myself the letters on the water. « Más lejos! » – further away – should have flew with ease, but that day the wind direction was reversed and made my letter panels engulf under the bridge. I pulled everything out and changed side of the bridge to send the panels in the right direction of the wind but the current of the river being the same, and even by shortening as much as possible the length of the strings, my words would glue to the water and take on the current direction to again become entangled under the bridge. I pulled everything out to untangle the strings and resume the operation again on the primary side, but everything was definitely well entangled.
Two gentlemen observed my work. In the end, they joined me on the bridge and we talked for a good half hour of the project and of themselves and their history. The two are childhood friends and were born in Blanca. Salvi and Rafa now live in another city in the region but return to visit their family and meet again. Both believe that some streets should change names to no longer honor some characters of Spain history. Several people in Blanca think so but others think that history is what it is and that changing the street names won’t bring anything better. Often, people of a same family are divided on this subject.
On my side, I see this: my words have meanings but the context gives them another. The river flows in one direction but the wind blows in another. It gets all tangled and nobody understands anything anymore. Also communication is difficult for me, I do not speak the local language; this echoes to the technical difficulties I meet.
I still want to show the given words on the water. But who sees them? Who wants this platform? I wanted them to float to the museum, but the water immersed them and the current made them crash. Than, I wanted them to fly with the wind, but the wind calmed down or turned direction. With each attempt, I think I get it and put myself to work again.
Therefore let’s move on.
I must admit that the river is not the heart of Blanca. Instead, it is Gran Via, the main street, that is the living heart of the city. Also, Blanca is surrounded by miradors. I would like to displace my  operations. Like a foreigner who aims to be heard but doesn’t speak the language, I hops so my letters can be seen but nobody sees them. So I’ll put them above the town, at glasses’ height, at the tip of their nose.
And now, what will be the next wreck?

 

Dessins de Blanca

Lors de mon séjour à Blanca en Espagne, j’ai fais de nombreux croquis, dans mon studio et en déplacements en autobus, en excursion et sur la place du 18 juillet qui est la place de l’église à Blanca.

 

Esperando a German

Mercredi le 9 mars 2016
«Esperando a German» provient d’une jeune fille de Blanca dont le frère a quitté la ville pour aller étudier ailleurs et celui-ci lui manque beaucoup.
Lors de la dernière mise à l’eau un groupe d’adolescentes était rassemblé près de la rivière et avec Jair et Jean-Paul, nous avions discuté avec elles de ce que pouvait susciter l’apparition «Palabras seguras» sur la rivière. L’une a mentionné la naissance de AnaÏs, la dernière-née de sa famille. Une autre disait que les loutres ont quitté le Rio Segura depuis que les gens jettent leurs déchets dans la rivière. Ç’aurait donc pu être: «nutrias a cambio de los residuos»
J’aimais beaucoup l’appel d’une sœur pour son frère de 20 ans. Allait-il revenir à Blanca? Pour Pepete, le premier ami que j’ai rencontré ici, après avoir passé 3 ans ailleurs pour le travail, il lui fallait revenir vivre à Blanca.

Je tente ici encore une fois d’envoyer au vent et sur l’eau des lettres. Cette action nécessite l’aide de plusieurs personnes et je peux donc pas spontanément «lâcher mes mots». Je réfléchis maintenant à d’autres possibilités d’apparitions. Ailleurs dans la ville?

photos: Jean-Paul Kristensen
Accompagnée de / with company of :  Jair Mendez, Ambar Luna Quintanar, Jean-Paul Kristensen  et / and Abraham Hurtado of Centro Negra.

Wednesday, March 9, 2016
« Esperando a German » comes from a girl whose brother left Blanca to study in another city and she misses him a lot.
The last time I did send letters on the river a group of teen girls gathered near by and with Jair and Jean-Paul, we discussed with them of what could mean « Palabras seguras » floating on the river. One mentioned the birth of Anais, the latest new born in her family. Another said that otters had left the Rio Segura since people throw their waste into the river. It could therefore have been « nutrias a cambio de los residuos »
I really loved the call for a sister to her 20 years old brother. Would he return to Blanca? For Pepete, the first friend I met here, after spending 3 years elsewhere for work, he had to move back to Blanca.

I try once again to send letters to the wind and water. This action requires the help of many people and so I can not spontaneously « drop my words. » I now think about other possibilities of appearances. Maybe elsewhere in the city?

PALABRAS SEGURAS 3

Samedi le 5 mars 2016, Palabras Seguras a de nouveau été mis à l’eau. Prête à une envolée au vent, j’avais prévu d’accrocher le train de panneaux de lettres à la balustrade du pont mais nous avons eu peu de vent. Ça a donné l’effet d’un rouleau de papier toilette qui trempait à moitié déroulé dans l’eau. Mais nous avons eu le plaisir d’échanger avec un groupe d’adolescentes qui nous ont volontiers transmis de nouveaux mots et Pepete, ma première rencontre à Blanca m’a fait la belle surprise de nous rejoindre sur le pont.

Merci aux autres artistes en résidence à Centro Negra: Jair Mendez, Ambar Luna Quintanar, Jean-Paul K, Lorenza Manfredi et à Centro Negra avec Elena Azzedin et Miriam Barriga Martinez.
Photos: Lorenza Manfredi

PALABRAS SEGURAS 2

– mots mis en sécurité – mots confiés à la rivière…………………………….. le 24 février 2016

En espagnol SEGURA signifie sécuriser et assurer. La rivière Segura porte un nom qui appelle aux confidences et à la fiabilité. Elle est la grande veine de la vallée. Elle a une texture douce et onctueuse et nourrit d’innombrables vergers d’oranges et de citrons. Elle est à moitié brouillée par les résidus de calcaire.
Puis PALABRA signifie mot; un son qui agit avec des intentions, qui change avec le temps, les nécessités et les provenances.
Nous confions tant de certitudes dans un mot. Pourtant il est seulement ce qu’il est: un moment de clarté, d’espoir, une réalité fluide qui va disparaître, tout comme la fin de sa résonance. Un écho à la rivière. Les mots sont donc paradoxalement significatifs. Ils semblent immuables et durs; ils peuvent blesser. Mais ils ne sont qu’une rivière qui coule et peuvent être émis de façon insignifiante, au passage.

Ainsi il semble que Palabras Seguras puisse refléter les sens de confier et d’affirmation mais ces deux mots portent des contradictions: fluidité et solidité, sécurité et non-permanence. Le fleuve lui-même représente le temps qui passe et tout ce qu’il contient disparaît constamment en dépit du fait qu’il est immuable.

J’ai travaillé fort pour concevoir et construire le dispositif de treuil à manivelle pour manoeuvrer les mots sur la rivière: toute une journée passée à Murcia, des kilomètres de marche dans et hors de la ville, le temps consacré à trafiquer le dispositif pour le solidifier..
Mais après la première tentative, la très forte tension sur les cordes provoquée par l’entrainement des panneaux dans le courant a discrédité mon système. De plus, l’effet visuel est plus intéressant lorsque les panneaux de lettres sont en suspension dans le vent avant d’adhérer à la surface liquide et d’être immergées. Il y a à ce moment moins de tension sur les cordes accrochées à la balustrade du pont, et je suis plus disponible à la rencontre avec la communauté.

Ainsi s’affirme encore plus la non-permanence. PALABRAS SEGURAS réapparaît en miroir sur la rivière qui s’écoule. Les mots flottent au vent. Au rendez-vous à la balustrade du pont de Blanca, comme une ligne de pêche lancée au vent, entre deux cordes, les mots appellent les mots.

photos: Miriam Barriga Martínez

PALABRAS SEGURAS
– Words put in security – words entrusted in the river………………….   February 24, 2016

In spanish SEGURA means to secure and to assure. The river Segura has a name that calls for confidence and reliability. It is the vein of the valley. Its surface has a smooth moving texture and it nourishes countless orchards of oranges and lemons. It is half blurred by the limestone residues.
Then PALABRA means word; a sound that acts with intentions, that changes with time, necessities and provenance.
We entrust so many certainties in a word. Yet it is only what it is: a moment of clarity, of hope, a fluid reality that will vanish just like the end of its resonance. Echoes on the river. Words are paradoxically so meaningful. They seem solid and unchangeable so they can hurt. But they are only a river flowing and can be said insignificantly, on the go.

So Palabras Seguras may reflect the sense of trust and affirmation but those two words carry contradictions: fluidity and solidity, security and non-permanence. The river itself is time passing by and everything it carries constantly disappears despite the fact that the river remains constant.

I worked hard to conceive and build the crank winch device to maneuver the words on the river: a day trip to Murcia, kilometers of walk in and out of the city, time spent to work to solidify the device…
But after the first attempt, the strong tension on the strings caused by the current pulling on the panels discredited my system. In addition, the visual effect was more interesting when the letters were suspended in the wind before sticking to the liquid surface and being immersed. There is then less tension on the strings attached to the railing of the bridge, and I am available to meet with the community.

PALABRAS Seguras reappears mirrored on the river. The words float in the wind. From the railing of Blanca’s bridge, like a fishing line thrown to the wind, between two ropes, words call for words.

En préparation de projet

Le travail que j’effectue présentement à Blanca demande d’établir une communication avec les gens d’ici. Ne pas parler espagnol ne m’avantage pas. Malgré ceci, les gens sont d’une patience incroyable à mon égard et entrent dans la discussion que je propose en essayant de me faire comprendre ce qu’ils veulent dire. La première personne avec qui j’ai établi un contact qui se réitère, est Pepe, que j’ai croisé sur la «Plaza del 18 de Julio» et où je me suis rendue quelques fois pour dessiner. Il m’a expliqué comment les gens perçoivent le fait que la rue «Generalisimo Franco» soit vouée à être changée de nom, suite à une règle que veut appliquer l’état. Les opinions sont partagées à ce sujet. J’ai aussi connu Fabian et Valentina, qui m’ont accueillie dans leur atelier de couture pour réaliser les panneaux de toile qui flotteront sur le Rio Segura. D’origine roumaine, Florian est arrivé il y a une quinzaine d’années à Blanca. D’abord mercier, c’est-à-dire qui réalise divers travaux d’aiguille d’articles qui servent pour l’habillement et la parure, il a fait divers boulots avant de choisir de s’installer à Blanca. Sa compagne Valentina est alors venue l’y rejoindre il y a une dizaine d’années. Ils ont un fils de 17 ans. Je leur ai demandé comment la communauté de Blanca les avaient accueillis et tous les deux affirment qu’ils ont trouvé ici une place où ils se sentent chez eux. C’est plus qu’un coup de main que j’ai reçu de leur part (Florian, méticuleux, s’est affairé aux machines à coudre et au fer et en deux temps, trois mouvements, le boulot fut vite et magnifiquement fait) par une discussion détournée (Valentina comprend l’anglais, me répond en espagnol, et me précise ce que dit Florian en espagnol) c’est leur vrai perception de l’Espagne qu’ils ont pris le temps de m’expliquer. C’est donc en hommage à ces personnes que je mettrai à l’eau mardi à 17h local, les premiers mots sur le Rio Segura.

Samedi le 13 février dernier, à Murcia.
À 7h48, j’ai pris l’autobus Blanca-Murcia qui met 1h20 par trajet. J’y suis allée pour trouver du matériel et aussi pour me ravitailler en produits bio que je ne trouve pas à Blanca. J’avais noté sur internet toutes les quincailleries et magasins de chasse et pêche susceptibles de détenir une bobine à manivelle, soit de pêche, soit pour boyau d’arrosage, soit un treuil de remorquage.. J’ai marché plus de 10 km à Murcia pour trouver la manivelle en question. Une pas si bonne information m’a fait marcher jusqu’à un secteur hors la ville, où l’établissement en question était fermé ce jour-là. Un samedi, quelle folie! J’ai honte de dire que j’ai trouvé chez Leroy-Merlin, une sorte d’Ikea-Home-Depot français en périphérie de Murcia, mais du côté opposé de la ville. Bon, il fallait..
Puis je me suis chargée à bloc de mes achats bio avant de reprendre le bus de 20h pour Blanca.

Hier, j’ai peint les lettres du premier lemme de mon projet. Aujourd’hui, j’ai préparé la manivelle qui servira de treuil à l’installation. La mise-à-l’eau est pour bientôt.

Rue Generalisimo Franco

Rue Generalisimo Franco

monument à Franco

monument à Franco

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Travail de préparation

PALABRAS SEGURAS

Mardi le 16 février 2016, les lettres étaient prêtes pour partir flotter sur la rivière Segura. À 17h (moins 5) a eu lieu la mise-à-l’eau.

Les 15 lettres du message: PALABRAS SEGURAS ont été peintes sur des panneaux de tissus reliés entre eux par deux cordes. La dernière lettre est reliée à une seule corde enroulée sur une bobine à manivelle attachée au pont. C’est le test.

Les premiers instants sont magnifiques, les lettres volent ! La pression sur les cordes devient très forte lorsque le courant de la rivière les entraîne dans sa dérive. Nous voulons laisser l’entraînement de l’eau faire voyager les lettres du message et qu’il apparaisse tel dans une parade. Mais le courant pousse le train de lettres vers la rive et le voyage se termine en petit naufrage, devant le musée de Blanca. Une des lettres s’est empêtrée dans un fil de nylon de pêcheur.

PALABRAS SEGURAS pourrait se traduire par: mots en sécurité ou mots confiés. Ici, il s’agit d’un appel. J’appelle les gens de la ville à me dire le prochain mot qui partira à la dérive, qu’ils me confient le prochain nom, le prochain sens, le prochain message auquel j’assurerai un voyage sur l’eau. J’espère avoir la chance d’obtenir ces mots-confidences en cadeau que je partagerai.

Un énorme merci à Elena Azzedin, Lucia Petrilli ainsi qu’à Arnas pour l’aide qu’ils m’ont apportée et à AADK-Centro Negra de Blanca, où le projet se déroulera jusqu’à la fin mars.

English below

Photos: Lucia Petrilli

On Tuesday, Feb. 16, the letters were ready to go floating on the Rio Segura.

The 15 letters composing the message: PALABRAS SEGURAS were painted on panels of fabric interconnected by two ropes each. The last letter was connected to a spool attached to the bridge. The test began.

The first moments are beautiful, the letters are flying ! The pressure on the strings becomes very strong when the current of the river draws the panels into his drift. We want to let the letters be transported by the water so that the message appears in a parade. But the current pushes the train of letters to the shore and the journey ends in small wreck, in front the museum of Blanca. One of the letters was entangled in a fishing nylon thread.

PALABRAS SEGURAS could mean: safe words or entrusted words. For here it is also a call. I call on the people of Blanca to tell me the next word that will be sent on to drift, so that they entrust me with the next name, the next direction, the next message that I’ll put on a trip on the water. I hope to have the chance to be given these gifts of confidences words to be shared.

A huge thank you to Elena Azzedin, Lucia Petrilli and to Arnas for the help they have given me and AADK-Centro Negra Blanca, where the project will run until the end of March 2016.

Voyage vers Blanca

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À partir de Montréal pour atteindre Blanca, c’est un vol vers Philadelphie puis 1h10 d’escale, un deuxième vol de 7h15min. vers Madrid, une attente de 4h50min (dont j’ai profité pour visiter Madrid) puis 4h de train vers Murcia où je suis restée 3h avant de prendre l’autobus qui m’a emmenée à ma destination finale à 21h le soir du 1er février. J’étais heureuse qu’on m’attende à l’arrivée, c’est rare. D’ailleurs, on m’avait aussi déposée au départ à Montréal, c’était de bon augure. Et même, quelle joie, un arbre du voyageur m’attendait à la gare de Madrid. C’est par tous ces intervalles que j’ai transité de la neige aux palmiers. Ici, c’est l’été pour la québécoise que je suis.

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Blanca est une petite ville calée entre les collines qui encadrent la vallée du Rio Segura. Le lieu est gorgé de lumière. C’est de plein fouet qu’entre le soleil du matin par les portes vénitiennes de mon studio qui surplombe la ville, en montant vers le »Castillo». La petite ville enlace la rivière et s’étend sur les versants des collines où les rues laissent place à un labyrinthe de passages et d’escaliers. Là, d’anciennes fermes ont jadis occupé de petites casas d’une pièce qui contenaient ici des poules, là des lapins, un ou deux cochons et des habitant.e.s. Cette époque est révolue. De ces constructions anciennes, les plus hautes juchées sont en ruines, les murs à moitié érodés servent de cachette à des dépôts de rebuts et aux nombreux chats errants que l’on aperçoit dans les escaliers de la ville. Les constructions plus basses sont coquettement emménagées par la vie d’aujourd’hui.

Je suis en plein décalage horaire. À 10h, je voudrais dormir; j’ai les yeux grands ouverts à 5h du matin. Je n’ai pas besoin de montre ici; les cloches des églises sonnent les quarts, les demie, les trois-quarts et les heures qui se présentent ainsi: les quatre coups pour annoncer l’heure ronde, puis le nombres d’heures en questions. En ce moment, il est 19h02 mercredi. Les cloches sonnent une série de carillons aux 5 minutes et à répétition, puis le nombre d’heures en question. Il y a un signal que je ne comprend pas. J’aurai le temps, deux mois pour apprendre.
Ici, d’autres artistes sont aussi là et viennent de Belgique, d’Argentine, d’Espagne… Tiens! maintenant les carillons jouent le »Ave Maria». Le clocher de l’église est illuminé le soir. Depuis une demie-heure on entend à intervalles de petites détonations sèches. Ah, et puis voici un avion militaire qui vient de raser les toits de la ville. Le son du bolide persiste et survole encore les alentours. Va savoir… Décidément, je ne suis pas encore des leurs.

clocher de San Juan Evangelista

clocher de San Juan Evangelista

Description du projet: Mots de la Segura / Palabras del Segura

En résidence d’artiste au Centro Negra à Blanca, Murcie, Espagne, février et mars 2016

1.2. – 30.3.2016 En Atelier-résidence organisée par AADK – Aktuelle Architektur Der Kultur, au Centro Negra à Blanca, en Murcie, au Sud de l’Espagne. Le travail proposé aura lieu sous la forme de rencontres et d’actions publiques dans l’espace, spécifiquement sur la rivière Segura qui traverse le village de Blanca, et qui sera utilisée comme surface de déambulation et de projection.

 

la plante en ville 10

IMGP9294Mercredi le 12 août 2015, jour de soleil, j’ai promené la plante en direction nord, jusqu’au Champ des Possibles. En route, j’ai croisé des gens souriants, des enfants étonnés, curieux. Une petite fille m’a suivie un bloc, elle devait passer par là mais elle a marché derrière moi et m’a vite dépassée lorsqu’elle a atteint son feu vert. Cette fois, on ne m’a pas interrogée. La feuille géante a suscité des sourires, des «Wow!», des «Super!». Au coin des rues St-Denis et Laurier, des travailleurs de la voirie m’ont suggéré de marcher du côté ombragé de la rue pour ménager la feuille. Personne n’a posé de question. J’avais l’impression qu’on connaissait déjà la plante en ville. Au Champ des Possibles, un monsieur était assis sur le carré de bois et lançait une balle à son chien avec une espèce de crosse en plastique. Il m’a demandé si ma feuille allait mourir, je lu ai répondu oui (il me demandait à sa façon, si j’allais laisser la feuille sur place). Mais en fait, j’aurais pu lui répondre non, qu’elle allait maintenant vivre encore ici. J’ai installé la feuille sur le socle de bois, elle faisait «oui» dans le vent.

On Wednesday, August 12 2015, sunny day, I walked the plant north up to the Champ des Possibles. On the way I met smiling people, children surprised, curious. A little girl followed me for a block, she was simply going her way, but she stayed behind and quickly passed me when she reached the green light. So this time, I was not questioned. The giant leaf generated smiles, « Wow! », a « Great! », and then at the corner of St-Denis and Laurier streets, the road workers suggested that I walk on the shady side of the street to protect the leaf. But no one asked any questions. It almost felt like the plant was known. In the Champ des Possibles, a man was sitting on the wood stage and launched a ball with a a kind of lacrosse stick to his dog. He asked me if my leaf was going to die. I said yes (I read that in his way, he asked me if I was going to let the leaf there). After thought, I could have answered no, for she was now going to live there. I installed the leaf on the wooden base, she was waving «yes» in the wind.

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la plante en ville 9

Vendredi, 25 avril 2014, journée éclatante pour la plante en ville. Cette promenade avec une feuille est passée par la rue St-Denis et ses terrasses occupées, puis par la rue Rachel, jusqu’au parc Lafontaine.

Sur Roy: – C’est une vraie plante? … You rock !

Sur Rachel: – Je peux vous demander ce que vous faites? C’est quoi?    – J’ai cette plante chez moi, et lorsque une feuille se fane un peu, je la coupe et la disperse dans différents endroits de la ville.      – Et comment s’appelle cette plante?   – Un Ravanela…heu.. Arbre du Voyageur.      – Ça vient d’où? D’Amérique du Sud?      – De Madagascar, mais elle pousse aussi à la Réunion, à la République Dominicaine, la Guadeloupe.      – Elle est aussi grosse que cela chez vous? Vous devez avoir beaucoup de lumière, il doit faire chaud… Vous l’avez depuis longtemps?     – Oui, une vingtaine d’années.     – En tout cas c’est très beau. Bonne journée à vous!

Au parc Lafontaine, des rigolades et des murmures:    – C’est quoi?…une feuille de plante?..     – C’est une vraie?…

La feuille a été déposée sur la balustrade du pont, près des musiques de la guitare et de la cithare, en plein soleil.

Friday 25th April 2014 is a brilliant day for the-plant-in-town. This walk-with-a-leaf followed St- Denis street and its sunny terraces, then took along Rachel street, up to Lafontaine Park.

On Roy : – This is a real plant ? … You rock !

Conversation on Rachel street:    – Can I ask you what you do? What is it?    – I have this plant in my home, and when a leaf fades a bit, I cut it out and take it out towards different directions in the city.     – And what’s the name of this plant ?    – A Ravanela… or a .. a Traveller’s Tree .    – Where does it come from ? South America ?   – From Madagascar , but it also grows at the Reunion , the Dominican Republic, and Guadeloupe .     – It’s as big as this in your home ? You must have a lot of light, it must be warm … You’ve had it since a long time?     – Yes, twenty years .    – In any case, it’s very beautiful . Good day to you !

Lafontaine Park, through laughs and whispers .. – What is it?… a plant leaf… – Is it real?

The leaf was hooked at the bridge, in full sunlight. Near by was music with guitar and zither.

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Projet  la plante en ville – promenade avec une feuille

la plante en ville 8

Image

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Le 26 mars 2014, direction le Mont-Royal. Pour des baladeuses et des promeneurs, la feuille a été perçue comme un appel désespéré au printemps. Mais moi je n’en ai pas marre de l’hiver. Il y a des pays où l’hiver dure deux ans, à Tomes par exemple.*  Et pour une plante d’intérieur, c’est de la broutille.

Boulevard St-Laurent: – Tiens, je savais pas que les palmiers poussaient au Québec!
Coin St-Urbain-Duluth: – C’est une bonne idée ça, on a bien besoin du printemps! C’est vraiment drôle!
– Comme une pancarte ou un parapluie, mais c’est une feuille! Et vous avez ça chez vous? –Oui, ça pousse aussi au Québec, chez moi elle devient énorme. – J’aime ça, c’est bien ce que vous faites !

On the 26 of March 2014, walk to the Mont-Royal. For some wanderers, the leaf was seen as a desperate call for spring. But I‘m not fed up with  winter. There are countries where winter lasts two years, in Tomes for example.*  And for a houseplant, this is irrelevant.

Boulevard St-Laurent: Well, I didn’t know that palm trees grew in Quebec!
St-Urbain-Duluth corner: This is a good idea, we really look for spring to come! It’s really funny!
It’s not a placard nor a umbrella, it comes from your home?   –Yes, it also grows in Quebec, in my home it’s this enormous. 
I like that you do this !

Projet la plante en ville – promenade avec une feuille
* Christoph Ransmayr «Le dernier des mondes» Flammarion1988.
Photos: André Deniger