Archives de l’auteur : Sylvie Laplante

A propos Sylvie Laplante

multidisciplinary & road artist

Diffusion de nouvelles dénominations

Projet PALABRAS SEGURAS

Ma résidence à Centro Negra, à Blanca en Espagne, s’est terminée par la présentation du projet final présenté le 26 mars, aux abords de la rivière Segura. À l’entrée de la ville, huit panneaux noirs peints de lettres blanches qui formaient «PALABRAS»  étaient suspendus aux lampadaires pour être lus dans la perspective de la rue, dans le sens de la circulation automobile, et inversement. D’autres panneaux formant le mot «SEGURAS» étaient installés le long de la promenade face au musée de Blanca mais sur l’envers de ces sept panneaux étaient peints de courts textes que j’avais choisis et qui relataient ma rencontre avec sept personnes que j’avais connues à Blanca. Chacun de ces courts textes décrivait une nouvelle dénomination de rue, ruelle ou place, du nom de la personne auquel il référait. Les panneaux pouvaient être lus par les promeneurs et promeneuses, dans cette petite bourgade où personne n’est inconnu.

Cielo Algas

Photos: Jair S Méndez

Vendredi le 19 mars 2016.  Aujourd’hui, des algues blanches sont apparues dans le ciel de Blanca. Pour ce, il fallait tendre une corde sur 175m de distance, au-dessus du vide entre le Castillo jusqu’à une antenne située à mi-chemin de la Virgen Blanca. J’ai eu l’aide de Jaïr, qui a réussi à photographier le travail tout en maintenant la corde entre les deux points de fixation, pendant que j’établissais le relais.

Friday, March 19, 2016.  Today , white algae appeared in the sky of Blanca.
For this, a rope of 175m was to be stretched above the cliff between the Castillo and an antenna located halfway to the Virgen Blanca. I worked with the help of Jair, who managed to photograph the work while still holding the rope halfway the attachment points, as I linked both.

¡Más lejos!

Samedi le 12 mars 2016
Avec seulement 8 lettres pour deux mots, j’ai choisi cette fois d’essayer de faire seule la mise-à-l’eau. «Más lejos!» – plus loin – aurait dû s’envoler avec facilité mais ce jour-là, la direction du vent était inversée. Mes panneaux se sont engouffrés sous le pont. J’ai remonté le tout et changé de côté de pont pour faire voler mes mots dans le bon sens du vent mais le courant de la rivière lui ne change pas. Et même en raccourcissant autant que possible la longueur des cordes, mes mots trempaient et partaient dans le courant inverse pour à nouveau, s’empêtrer sous le pont. J’ai remonté le tout pour y remettre de l’ordre et reprendre la manœuvre à nouveau de l’autre côté, mais le tout s’est définitivement bien empêtré.
Deux messieurs de Blanca ont observé mon travail. À la fin, ils sont venus me rejoindre sur le pont et nous avons discuté pendant une bonne demi-heure du projet puis d’eux et de leur histoire. Les deux sont amis d’enfance et sont nés à Blanca. Salvi et Rafa vivent maintenant dans une autre ville de la région mais reviennent visiter leur famille à Blanca et se retrouvent à l’occasion. Les deux sont d’avis que des rues devraient changer de nom pour ne plus faire honneur à certains personnages de l’histoire. Plusieurs personnes à Blanca pensent ainsi mais d’autres pensent aussi que l’histoire est ce qu’elle est et que changer le nom des rues n’y changera rien. Souvent, des gens d’une même famille sont divisés sur ce sujet.
De mon bord, j’observe ceci: mes mots ont un sens mais le contexte leur en donne un autre. La rivière coule de son bord mais le vent souffle autrement. Ça s’emmêle et personne n’y comprend plus rien. Aussi la communication m’est difficile, je ne parle pas la langue; écho aux difficultés techniques que je rencontre.
Je persiste à vouloir faire apparaître des mots dits, sur l’eau. Qui les voit? Qui veut cette tribune? Je veux qu’ils flottent jusqu’au musée, mais l’eau les submerge et le courant les fait chavirer. Alors je veux qu’ils partent au vent, mais le vent tombe ou bien se retourne. À chaque essai, je pense avoir compris, j’ajuste et je recommence.
Donc continuons.
Je constate que la rivière n’est pas le cœur de Blanca. C’est Gran Via, la rue principale, qui est le cœur vivant de la ville. Aussi, Blanca est entourée de miradors. J’aimerais déplacer les mots. Comme une étrangère qui cherche à se faire entendre mais ne parle pas la langue, je sautille pour que mes lettres soient vues mais l’on ne les voit pas. Alors je vais les leur mettre en long et en large au-dessus de la ville, à hauteur de lunettes, sur la pointe du nez.
Et maintenant, quelle sera le prochain naufrage?

Saturday, March 12, 2016
With only 8 letters for two words, this time I chose to try to send alone by myself the letters on the water. « Más lejos! » – further away – should have flew with ease, but that day the wind direction was reversed and made my letter panels engulf under the bridge. I pulled everything out and changed side of the bridge to send the panels in the right direction of the wind but the current of the river being the same, and even by shortening as much as possible the length of the strings, my words would glue to the water and take on the current direction to again become entangled under the bridge. I pulled everything out to untangle the strings and resume the operation again on the primary side, but everything was definitely well entangled.
Two gentlemen observed my work. In the end, they joined me on the bridge and we talked for a good half hour of the project and of themselves and their history. The two are childhood friends and were born in Blanca. Salvi and Rafa now live in another city in the region but return to visit their family and meet again. Both believe that some streets should change names to no longer honor some characters of Spain history. Several people in Blanca think so but others think that history is what it is and that changing the street names won’t bring anything better. Often, people of a same family are divided on this subject.
On my side, I see this: my words have meanings but the context gives them another. The river flows in one direction but the wind blows in another. It gets all tangled and nobody understands anything anymore. Also communication is difficult for me, I do not speak the local language; this echoes to the technical difficulties I meet.
I still want to show the given words on the water. But who sees them? Who wants this platform? I wanted them to float to the museum, but the water immersed them and the current made them crash. Than, I wanted them to fly with the wind, but the wind calmed down or turned direction. With each attempt, I think I get it and put myself to work again.
Therefore let’s move on.
I must admit that the river is not the heart of Blanca. Instead, it is Gran Via, the main street, that is the living heart of the city. Also, Blanca is surrounded by miradors. I would like to displace my  operations. Like a foreigner who aims to be heard but doesn’t speak the language, I hops so my letters can be seen but nobody sees them. So I’ll put them above the town, at glasses’ height, at the tip of their nose.
And now, what will be the next wreck?

 

Dessins de Blanca

Pendant mon séjour, je fais plusieurs croquis, dans mon studio et dans mes déplacements en autobus, en excursion et sur la place du 18 juillet à Blanca qui est la place de l’église.

Esperando a German

Mercredi le 9 mars 2016
«Esperando a German» provient d’une jeune fille de Blanca dont le frère a quitté la ville pour aller étudier ailleurs et celui-ci lui manque beaucoup.
Lors de la dernière mise à l’eau un groupe d’adolescentes était rassemblé près de la rivière et avec Jair et Jean-Paul, nous avions discuté avec elles de ce que pouvait susciter l’apparition «Palabras seguras» sur la rivière. L’une a mentionné la naissance de AnaÏs, la dernière-née de sa famille. Une autre disait que les loutres ont quitté le Rio Segura depuis que les gens jettent leurs déchets dans la rivière. Ç’aurait donc pu être: «nutrias a cambio de los residuos»
J’aimais beaucoup l’appel d’une sœur pour son frère de 20 ans. Allait-il revenir à Blanca? Pour Pepete, le premier ami que j’ai rencontré ici, après avoir passé 3 ans ailleurs pour le travail, il lui fallait revenir vivre à Blanca.

Je tente ici encore une fois d’envoyer au vent et sur l’eau des lettres. Cette action nécessite l’aide de plusieurs personnes et je peux donc pas spontanément «lâcher mes mots». Je réfléchis maintenant à d’autres possibilités d’apparitions. Ailleurs dans la ville?

photos: Jean-Paul Kristensen
Accompagnée de / with company of :  Jair Mendez, Ambar Luna Quintanar, Jean-Paul Kristensen  et / and Abraham Hurtado of Centro Negra.

Wednesday, March 9, 2016
« Esperando a German » comes from a girl whose brother left Blanca to study in another city and she misses him a lot.
The last time I did send letters on the river a group of teen girls gathered near by and with Jair and Jean-Paul, we discussed with them of what could mean « Palabras seguras » floating on the river. One mentioned the birth of Anais, the latest new born in her family. Another said that otters had left the Rio Segura since people throw their waste into the river. It could therefore have been « nutrias a cambio de los residuos »
I really loved the call for a sister to her 20 years old brother. Would he return to Blanca? For Pepete, the first friend I met here, after spending 3 years elsewhere for work, he had to move back to Blanca.

I try once again to send letters to the wind and water. This action requires the help of many people and so I can not spontaneously « drop my words. » I now think about other possibilities of appearances. Maybe elsewhere in the city?

PALABRAS SEGURAS 3

Samedi le 5 mars 2016, Palabras Seguras a de nouveau été mis à l’eau. Prête à une envolée au vent, j’avais prévu d’accrocher le train de panneaux de lettres à la balustrade du pont mais nous avons eu peu de vent. Ça a donné l’effet d’un rouleau de papier toilette qui trempait à moitié déroulé dans l’eau. Mais nous avons eu le plaisir d’échanger avec un groupe d’adolescentes qui nous ont volontiers transmis de nouveaux mots et Pepete, ma première rencontre à Blanca m’a fait la belle surprise de nous rejoindre sur le pont.

Merci aux autres artistes en résidence à Centro Negra: Jair Mendez, Ambar Luna Quintanar, Jean-Paul K, Lorenza Manfredi et à Centro Negra avec Elena Azzedin et Miriam Barriga Martinez.
Photos: Lorenza Manfredi

PALABRAS SEGURAS 2

– mots mis en sécurité – mots confiés à la rivière…………………………….. le 24 février 2016

En espagnol SEGURA signifie sécuriser et assurer. La rivière Segura porte un nom qui appelle aux confidences et à la fiabilité. Elle est la grande veine de la vallée. Elle a une texture douce et onctueuse et nourrit d’innombrables vergers d’oranges et de citrons. Elle est à moitié brouillée par les résidus de calcaire.
Puis PALABRA signifie mot; un son qui agit avec des intentions, qui change avec le temps, les nécessités et les provenances.
Nous confions tant de certitudes dans un mot. Pourtant il est seulement ce qu’il est: un moment de clarté, d’espoir, une réalité fluide qui va disparaître, tout comme la fin de sa résonance. Un écho à la rivière. Les mots sont donc paradoxalement significatifs. Ils semblent immuables et durs; ils peuvent blesser. Mais ils ne sont qu’une rivière qui coule et peuvent être émis de façon insignifiante, au passage.

Ainsi il semble que Palabras Seguras puisse refléter les sens de confier et d’affirmation mais ces deux mots portent des contradictions: fluidité et solidité, sécurité et non-permanence. Le fleuve lui-même représente le temps qui passe et tout ce qu’il contient disparaît constamment en dépit du fait qu’il est immuable.

J’ai travaillé fort pour concevoir et construire le dispositif de treuil à manivelle pour manoeuvrer les mots sur la rivière: toute une journée passée à Murcia, des kilomètres de marche dans et hors de la ville, le temps consacré à trafiquer le dispositif pour le solidifier..
Mais après la première tentative, la très forte tension sur les cordes provoquée par l’entrainement des panneaux dans le courant a discrédité mon système. De plus, l’effet visuel est plus intéressant lorsque les panneaux de lettres sont en suspension dans le vent avant d’adhérer à la surface liquide et d’être immergées. Il y a à ce moment moins de tension sur les cordes accrochées à la balustrade du pont, et je suis plus disponible à la rencontre avec la communauté.

Ainsi s’affirme encore plus la non-permanence. PALABRAS SEGURAS réapparaît en miroir sur la rivière qui s’écoule. Les mots flottent au vent. Au rendez-vous à la balustrade du pont de Blanca, comme une ligne de pêche lancée au vent, entre deux cordes, les mots appellent les mots.

photos: Miriam Barriga Martínez

PALABRAS SEGURAS
– Words put in security – words entrusted in the river………………….   February 24, 2016

In spanish SEGURA means to secure and to assure. The river Segura has a name that calls for confidence and reliability. It is the vein of the valley. Its surface has a smooth moving texture and it nourishes countless orchards of oranges and lemons. It is half blurred by the limestone residues.
Then PALABRA means word; a sound that acts with intentions, that changes with time, necessities and provenance.
We entrust so many certainties in a word. Yet it is only what it is: a moment of clarity, of hope, a fluid reality that will vanish just like the end of its resonance. Echoes on the river. Words are paradoxically so meaningful. They seem solid and unchangeable so they can hurt. But they are only a river flowing and can be said insignificantly, on the go.

So Palabras Seguras may reflect the sense of trust and affirmation but those two words carry contradictions: fluidity and solidity, security and non-permanence. The river itself is time passing by and everything it carries constantly disappears despite the fact that the river remains constant.

I worked hard to conceive and build the crank winch device to maneuver the words on the river: a day trip to Murcia, kilometers of walk in and out of the city, time spent to work to solidify the device…
But after the first attempt, the strong tension on the strings caused by the current pulling on the panels discredited my system. In addition, the visual effect was more interesting when the letters were suspended in the wind before sticking to the liquid surface and being immersed. There is then less tension on the strings attached to the railing of the bridge, and I am available to meet with the community.

PALABRAS Seguras reappears mirrored on the river. The words float in the wind. From the railing of Blanca’s bridge, like a fishing line thrown to the wind, between two ropes, words call for words.