Mots de la Segura / Palabras Seguras

Ce projet a pris forme dans le cadre d’une résidence en Espagne en février et mars 2016. Au cœur de la communauté de Blanca en Murcie, il visait à recueillir histoires et préoccupations des habitant.e.s et à les mettre en mots en vue de les diffuser telles des dérives flottantes sur la rivière Segura qui traverse le village. C’est par des rencontres avec les gens de Blanca que j’ai recueilli leurs noms, leurs préoccupations et leurs histoires pour ensuite les faire apparaître en mots-dérives en utilisant la rivière comme écran géant. Sous la forme d’un collier de panneaux de lettres, ces manifestations scripturales ont traversé le village tel un défilé, en hommage à ces gens que j’ai rencontrés. Le but premier était de faire apparaître ces mots-identité liés à la communauté actuelle à l’inverse des dénominations habituelles de rues et places en référence à des figures marquantes du passé.

J’ai d’abord cherché des images et examiné le plan de Blanca sur Internet. Le village s’étend le long de la rivière Segura tandis que la montagne noire et le «Castillo», la ruine d’un ancien château fortifié, font partie des nombreux miradors naturels qui surplombent Blanca et le Rio Segura. Historiquement, la rivière a dû initier l’établissement du village. Avant l’ère actuelle de l’automobile, les rivières et les lacs étaient des chemins de parade. J’ai cherché les points d’intérêt et essayé de repérer les noms et les mots communs à la communauté de Blanca. Mais cela m’était impossible, ces renseignements sont évacués de toute carte et brouillés sur « Google street view ». C’est comme ça que mon projet a pris forme: faire apparaître les identités liées aux individualités dans une plus large échelle. Grâce aux multiples miradors, j’ai imaginé la rivière telle une plate-forme de projection comme un ruban liquide courant où circuleraient des informations. Ma pratique implique des actions urbaines et des trajectoires. Pour ce projet, le Rio Segura est devenu une bannière de passages de transcriptions, de mots en dérive.

Mon projet m’engageait dans la communauté de Blanca, à la rencontre des gens, en quête de leurs mots et de la diffusion de ces mots. Suite à cette parade flottante de mots furtifs, j’ai utilisé d’autres surfaces de projection: la montagne noire et les rues de Blanca.

Visualisez les étapes:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le projet final, présenté le 26 mars, a occupé les abords de la rivière Segura à l’entrée de la ville ainsi que le long de la promenade à hauteur du musée. Huit panneaux noirs peints de lettres blanches qui formaient «PALABRAS»  étaient suspendus aux lampadaires de la rue pour être lus dans la perspective de la rue, dans le sens de la circulation automobile, et inversement.
D’autres panneaux formant le mot «SEGURAS» étaient installés le long de la promenade face au musée de Blanca. Mais sur l’envers de ces sept panneaux étaient peints de courts textes que j’avais choisis et qui relataient ma rencontre avec sept des personnes que j’avais connues à Blanca. Chacun de ces courts textes décrivait une nouvelle dénomination de rue, ruelle ou place, du nom de la personne auquel il référait. Les panneaux pouvaient être lus par les promeneurs et promeneuses, dans cette petite bourgade où personne n’est inconnu.
aadk-spain-blanco_72Travail élaboré dans le cadre du programme de résidence d’artiste à AADK Espagne, 2016  /  Work developed during the residency program of AADK Spain, 2016.