Ligne nord-ouest / violet

bâle | stellar | basel

Les 21, 22, 23, 29 et 31 mars 2012, 99.34 kilomètres du Ballon d’Alsace (Fr.) à Bâle. 67 Visages

Ligne nord-ouest, 2012. branche, colle époxy, 67 petites photos, 450 x 135 x 135 cm (dimensions variables)

Pendant 5 jours en mars 2012, j‘ai fait route à vélo du Ballon d’Alsace en France jusqu’à Bâle. Sur 99,34 kilomètres, j‘ai abordé 67 personnes et leur ai demandé depuis combien de temps ils vivaient à cet endroit et la permission de prendre une photo ou faire un dessin d’eux. Sur l’ensemble de la trajectoire, villages où activité agricole et forestière sont tradition. La plupart des personnes rencontrées m’ont dit y habiter depuis longtemps, souvent de génération en génération. Un tempérament semblable unis les gens, du sommet du Ballon d’Alsace jusque dans la vallée, comme une longue ligne familiale. Une langue apparentée relie aussi le début à la fin du parcours. L’œuvre est une branche d’arbre segmentée dont chaque tranche, dans l’ordre des rencontres, contient sur l’une de ses surfaces: le portrait de la personne et son nom, et sur l’autre, l’ordre de la rencontre, le nom du village, la durée de vie de la personne en ce lieu et la distance restante à parcourir jusqu’à Bâle.

North-west line, 2012. branch, epoxy glue, 67 small photographs, 450 x 135 x 135 cm (variable dimensions)

From March 21 to 23, then on March 29 and 31, for 5 days, I cycled from the Ballon d’Alsace (Fr.) to Basel. On 99,34 kilometers, I addressed to 67 persons I encountered and asked them how long they had been living there and permission to take a photo or draw a picture of them. Throughout the trajectory, I crossed small villages based on farming and forestry economy. In most cases, the people I met told me they had been established there for a long time, often for generations. A recognizable temperament inhabited the people. I believe that it would be possible to find an acquaintance link between each of them that would lead to the summit of the Ballon d’Alsace, like a long family line. Covering two countries, a related language also linked the start to the end. This installation is a sliced tree branch. Each cut contains in the order, each encounter. On one side, in order of encounter, the portrait and name of the person and on the other, the location, the time life of the person on the location and the remaining distance to Basel, up to point zero.

Trajet nord-ouest / violet

Vers le Ballon d’Alsace (frontière Vosges et Territoire de Belfort), voyage à vélo dans le Haut-Rhin.

J’ai quitté Bâle vers 11h00 le 20 mars pour me rendre à La Rosière dans les Vosges.  En tentant de suivre une route aussi proche que possible de mon axe d’orientation N-O, j’ai roulé à travers des champs, des routes forestières et agricoles, et des villages. J’ai été rattrapée par la nuit au dessus de Oberbruck en montagne et en forêt vers St-Maurice-sur-Moselle. Je me suis adressée à une ferme aperçue au loin pour demander mon chemin et revenir vers Oberbruck peut-être une heure plus tard. J’ai cherché une auberge.

Après un repas et une nuit de repos à Sewen, j’ai repris mon chemin vers La Rosière et pris la route D466 qui monte en lacets jusqu’au Ballon d’Alsace. Arrivée au haut, j’allais redescendre de l’autre côté vers St-Maurice et je me suis arrêtée. J’ai réfléchi : ma performance devenait insensée et sportive. Il me restait à rouler une dizaine de kilomètres pour rejoindre le kilomètre cent où j’avais prévu faire demi-tour. En ce temps hivernal, il n’y avait personne sur les routes en montagne. Je n’allais pas mener mon projet à terme à ce rythme sur ces fortes pentes et ces cols avec un vélo de métal alourdi de sacoches. Sur ce parcours je souhaite rencontrer des gens qui vivent sur les lieux traversés. Le thème cartographique de ce deuxième parcours du projet bâle | stellar | basel est les visages de ces lieux. Je rebrousse alors mon chemin et reviens au dernier endroit où j’ai croisé des gens.

Le trajet débute officiellement le mercredi 21 mars à 12h30, à 1165m d’Altitude, JOUR 1 au Ballon d’Alsace :

RUBAN 1   kilomètre 0  –  Ballon d’Alsace

Après un repas au Restaurant du Sommet, je demande à la propriétaire madame Siber qui est toutefois occupée, sa participation à mon projet. J’en suis à ma première requête et je suis un peu fébrile, je ne sais pas comment cela sera reçu. Mais elle semble comprendre ma démarche et ce que je vais lui demander. Elle accepte sans hésitation que je prenne une photo d’elle. Mme Siber est propriétaire de l’Hôtel restaurant du Sommet depuis 22 ans. Nous avons une brève mais sympathique conversation. Cela augure bien mon nouveau parcours. Ça y est, je me jette à l’eau et débute mon aventure. Mon premier ruban violet est transmis. Des rubans bleus avaient été disposés ici et là en repères lors de mon trajet sur la ligne nord. Ici sur la ligne nord-ouest, ce sont les gens qui lient mon chemin. Je remettrai donc à chacun.e le ruban à la couleur de ce trajet : violet.

RUBAN 2  kilomètre 4.33  –  Ballon D’alsace

En ce temps de l’année encore hivernal en montagne, les établissements ne sont pas tous ouverts. Je m’arrête à l’Auberge du Langenberg à 1050m d’Altitude. Il fait un soleil radieux et des gens sont attablés à une terrasse. J’ai le réflexe de m’adresser à l’aubergiste qui est pourtant occupée et je redoute que mon histoire puisse ne pas tomber à point à l’heure du lunch. Pourtant elle prend le temps de m’écouter pendant que son partenaire sort de la cuisine et s’approche.

Monsieur Fluhr est né dans la vallée et le couple a acquis l’auberge en 1985, il y a donc 27 ans.  Ils ont voyagé en Amérique du Nord et connaissent le Québec. Des clients écoutent mon histoire et s’intéressent aussi à mon projet. Cette petite rencontre me donne encore un élan qui m’encourage à aller de l’avant.

RUBAN 3   kilomètre 9.11  – route D466, vers Sewen

La descente vers Sewen est abrupte et m’impose de surveiller ma route avec un dénivellé de cent mètres par kilomètre sur quatre kilomètres. Dans un tournant, je vois en contrebas des gens occupés près d’une ferme. J’y accède en m’engageant dans un chemin sinueux. Je ne sais pas qu’il s’agit d’une ferme-auberge campagnarde. Je m’adresse à un jeune homme en train de fendre du bois. Une jeune fille s’y trouve. Il pointe vers la maison et me dit de m’adresser aux hôtes si je cherche les gens des lieux. La jeune fille, Adèle, me dit qu’elle est d’ici. Je rencontre sa maman qui est propriétaire de l’Hinteralfeld. Ils ont acquis la propriété il y a 21 ans. Adèle y a donc toujours vécu. Elle y est née il y a 11 ans maintenant, presque 12. Elle fait partie d’une chorale avec laquelle elle partira au Québec cette année. Les membres de la chorale québécoise seront en retour reçus par des familles des environs. Je comprends que l’accent québécois ici n’est pas inconnu.

RUBAN 4   kilomètre 14.83  –  Sewen

En arrivant au village, je rencontre une dame et un homme qui marchent au bord de la route avec un petit garçon. Lorsque je leur parle de mon projet, ils m’invitent à les accompagner jusque chez la dame qui vit près de là. Je suis surprise d’apprendre que le petit garçon n’est pas le fils de la dame mais plutôt son petit-fils en visite chez sa grand-maman avec son papa. Une jeune grand-maman. Lorsque je prends la photo du petit garçon, je lui demande son âge et je sais qu’il connaît ce lieu depuis le tout début de sa vie. Il me répond timidement 5 ans, que corrige prestement sa grand-maman: 6 ans, Louis !

RUBAN 5   kilomètre 15.46  –  Sewen

Un monsieur se trouve du côté opposé de la route et je m’arrête. Il est d’abord un peu méfiant lorsque je m’adresse à lui. Puis nous discutons; il me raconte qu’il a fait la guerre d’Algérie et que cela marque le corps et la mémoire, laisse des séquelles. Que le territoire de l’Alsace positionné sur la ligne de front dans les conflits qui ont opposé la France et l’Allemagne, est passé entre les mains de l’un et de l’autre à quelques reprises, pays en étau entre deux empires. Il lui importe de dire les événements dramatiques qui ont marqué sa contrée et sa vie. Ainsi, il évoque comment, alors qu’il était petit garçon, sa grand-mère fut tuée juste derrière la maison où il vivait, alors qu’elle allait aider un soldat blessé qui apeuré, a tiré sur tous ceux qui l’approchait. Son frère vit aussi au village et il me désigne la maison d’en face. Ce monsieur au bon visage, Monsieur Ringenbach, est né et vit toujours dans son village, à Sewen, depuis 74 ans.

RUBAN 6   kilomètre 16.03  – Sewen

Je repasse devant l’hôtel où j’ai passé la nuit dernière avant de grimper la route du Ballon d’Alsace. Un monsieur avec une impressionnante moustache s’y trouve. Il était déjà là ce matin lors de mon départ et je suis contente de l’y retrouver. Albert est menuisier et s’occupe des travaux de rénovation à l’hôtel et il me reconnaît lorsque je m’arrête à sa hauteur. Il vit à Sewen depuis toujours c’est-à-dire 54 ans. Il est accompagné d’un jeune homme qui est peut-être son fils. Je trouve qu’ils se ressemblent en imaginant une moustache au plus jeune..

RUBAN 7   kilomètre  17.84  –  Oberbruck

Je roule sur une belle piste cyclable. Des gens se baladent et se rencontrent. Je m’arrête pour parler à un groupe de trois dames. Je crois me souvenir que deux d’entre-elles sont mère et fille. Je prends une photo de Martine qui vit à Oberbruck depuis 25 ans.

RUBAN 8   kilomètre 17.84  –  Oberbruck

Elles sont accompagnées de Gilberte, une dame très vive et souriante qui s’amuse de ma surprise lorsqu’elle me dit son âge, 92 ans. C’est qu’elle a l’air beaucoup plus jeune et peut-être est-ce dû à son village, Wegscheid à proximité d’ici, où elle a toujours vécu.

RUBAN 9   kilomètre 18.58  – Wegscheid

Cette piste cyclable semble être la véritable voie du village.  Les gens s’y sentent à l’aise, la menace des voitures est au loin. Les gens se croisent, discutent et prennent des nouvelles. Ce chemin est vivant. Les tous-petits y deviennent cyclistes, s’entraînent. Après-tout nous sommes au pays du Tour de France. Je m’arrête à hauteur d’un petit groupe. Je prends une photo de Mr. Chiffaudel qui s’est installé avec sa petite famille à Wegscheid depuis 2008 et je lui remet le neuvième ruban.

RUBAN 10   km 20.20   Wegscheid

Deux cyclistes sont assis à une table de pic-nic en bordure de piste. Je remets le ruban à Gérard, qui vit à Masevaux depuis 68 ans et qui en avait 2 lorsque ses parents s’y sont installés. Il est accompagné d’un monsieur un peu plus jeune qui possède un vélo à trois roues, (à moins qu’il se soit un 2 roues dont un support latéral à 2 roues supplémentaires y était installé). Avec ce lourd dispositif, il a réussi à grimper jusqu’au lac d’Alfeld situé à 220 mètres plus haut au dessus de Sewen, chapeau!

RUBAN 11   kilomètre 20.85  –  Kirchberg

Je rejoins deux jeunes femmes qui poussent un landau. Une fillette pleine d’entrain vient rejoindre sa maman et c’est elle qui sera de mon projet. Ludivine est une magnifique jeune fille au visage taquin et aux cheveux châtains qui vit à Kirchberg depuis 7 ans, depuis toujours.

RUBAN 12   kilomètre 21.43  –  Kirchberg

Je m’arrête à hauteur de deux dames en train de discuter. Elles m’expliquent qu’elles ont grandi ici, mais vivent ailleurs depuis plusieurs années lorsqu’un couple nous rejoint. Mme Naegelen à qui je remets mon ruban vit à Wegscheid depuis 60 ans. Elle est accompagnée d’un monsieur qui me parle de l’identité des gens de la vallée et de l’Alsace et de l’histoire pas si ancienne de jours de guerre, et de déchirements.

RUBAN 13   kilomètre 23.51  – Masevaux

J’arrête au trottoir près d’une clôture où discutent deux messieurs. J’ai l’impression que l’on va peut-être décliner ma requête. Mais non, Guy m’engage une conversation. Il vit à Masevaux depuis 1975, année où il y a fait construire sa maison devant laquelle nous nous trouvons, et il accepte de me permettre une photographie de lui.

RUBAN 14   kilomètre 24.20  –  Masevaux

Je traverse ce grand village en suivant toujours la piste. Au-devant, marche d’un pas franc une jeune femme souriante. Elle m’invite à nous asseoir et s’enquiert de mon projet. Martine vit depuis toujours à Masevaux. Elle mentionne que le printemps très sec cette année puisse être problématique pour les cultures et l’environnement par manque de pluie. Dans la vallée, je ressens toujours cette proximité entre les gens qui se saluent et interrompent volontiers leurs courses pour se parler, pour prendre des nouvelles.

RUBAN 15   kilomètre 28.99  –  Sentheim

Trois personnes discutent sur un terrain privé à proximité de la piste cyclable; Véronique et son conjoint vivent à Sentheim depuis 16 ans. Ils préparent leur jardin où poussent différents arbres fruitiers, framboisiers, un potager. Pour eux, le printemps est hâtif cette année.

RUBAN 16   kilomètre 29.92  – Sentheim

J’aborde deux jeunes femmes qui doivent revenir du lycée ou du collège. Elles m’écoutent un peu étonnées. Je prends une photo de Mathilde, qui vit depuis 14 ans à Sentheim.

RUBAN 17   kilomètre 33.33  – Sentheim

Je me suis arrêtée près d’Angelina qui semblait attendre un train. Je me suis demandée si j’aurais le temps de lui transmettre l’information de mon projet. Elle le prend ce temps et me parle du petit train touristique de la Doller et de l’association qui s’en occupe et dont elle est membre. Il est possible de parcourir des trajet en train à vapeur traditionnel jusqu’au terminus de Sentheim. Angelina y vit depuis 25 ans.

RUBAN 18    kilomètre 33.69  – Guewenheim

Je rencontre un couple d’amoureux qui se baladent sur la piste qui passe ici à travers champs et je demande où je peux trouver le pont d’Aspach, près duquel se trouve un hôtel dont j’ai noté l’adresse. Il commence à faire sombre et j’ai encore tardé à m’installer pour la nuit. Ils m’informent puis nous discutons de mon projet. Je fais une photo de Pierre qui vit depuis 42 ans près d’ici, à Vieux-Thann.

NUIT À BURNAUPT-LE-HAUT.  Le lendemain matin 22 mars, le soleil est encore radieux pour mon JOUR 2 :

RUBAN 19   kilomètre 42.94  – Burnhaupt-le-Haut

Je me mets tôt en chemin. Les rues sont désertes à cette heure. Je tourne en rond à Burnhaupt-le-Haut espérant faire une rencontre. Je m’adresse un travailleur de la voirie qui me dit ne pas d’être des lieux. Avant de me résoudre à passer à Burnhaupt-le-Haut sans en avoir fait de rencontre, je choisis de m’arrêter au tabac du coin. La propriétaire accepte mon projet. Véronique tient le tabac depuis 7 ans.

RUBAN 20    kilomètre 43.46  – Burnhaupt-le-Haut

Michelle vit depuis 26 ans à Burnaupt-le-Haut. Elle fait de la randonnée et en connaît plusieurs circuits. En cette fin de matinée, elle se prépare pour sa journée de travail.

RUBAN 21    kilomètre 44.84  – Burnhaupt-le-Bas

Je croise peu de gens à cette heure. À un tournant vers la droite, je vois un homme venir au loin à ma gauche. Je triche un peu lorsque je quitte mon chemin pour aller à sa rencontre. Mr. Hoffmann m’invite chez lui pour discuter et rencontrer son épouse. Ils ont vécu à Strasbourg avant de choisir de s’installer à Burnhaupt-le-bas il y a maintenant 5 ans, dans la demeure où vivait auparavant la mère de madame Hoffmann. Elle connaît bien l’histoire du pays rhénan et de Burnhaupt. Elle a rédigé des d’articles pour des publications ayant trait à l’histoire régionale. Tout en nettoyant des feuilles de pissenlit, elle évoque entre autres, la situation du couloir rhénan lors de la guerre de 1870. Et puis, lorsque le hasard ne leur a pas ramené le Canada à la maison, ils sont allés le visiter : de la Cabot Trail en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, à la Baie de Fundy et sa marée de 14m, la plus importante au monde et même l’Île-du-Prince-Édouard. Après cet accueil chaleureux, je me remets en route avec de délicieux petits biscuits en provision, préparées par Madame Hoffmann.

RUBAN 22   kilomètre 45.40 – Burnhaupt-le-Bas

Au moment de quitter Burnhaupt, je vois une jeune femme se promener avec un carrosse pour bébé.  Et je rencontre mon plus jeune visage du projet. Rose vit à Burnhaupt-le-Bas, depuis 3 mois, depuis son toujours.

RUBAN 23    kilomètre 50  – Bernwiller

Je passe au village et ne vois personne. Pour une autre chance, je reviens sur mes traces. Je m’arrête à l’auberge-café du village « au Cheval Blanc » et j’entre dans la maison.  Un lieu de vie orné par le temps et l’usage, et qui lorsqu’il n’est plus investi par une clientèle, retrouve son intimité familiale. Cela diffère complètement des établissements commerciaux exclusivement aménagés pour leur but commercial. Je rencontre Madame Schittly qui est en train de cuisiner quelque chose qui embaume la pièce. Elle m’explique que les commerces du village n’ont pas résisté au changement de vie. La plupart des nouveaux arrivants qui se sont installés au village travaillent à l’extérieur, rentrent chez eux à la fin de leur journée et repartent le lendemain matin vers la ville ou leur lieu de travail. Ils n’ont pas adopté les habitudes, les petits commerces du village et le voisinage qui vient avec. Ce qui fait que les petits établissements locaux sont désertifiés et beaucoup n’ont pas survécu. Elle a fait une carrière d’enseignante et a repris l’auberge familiale à la suite de sa belle-maman en 1998.  Monsieur Schittly raconte ses premières années de travail sur la ferme, à 14 ans. On avait besoin de lui pour prendre la relève et il songe qu’il aurait bien aimé choisir comme ses frères et sœurs de faire des études supérieures. Il me parle des changements qu’a subis la terre : le Sundgau qui était une région de terres humides est maintenant transformé: le drainage et la monoculture imposée par les quotas de production depuis les années 60-70, ont contribué à l’assèchement de la terre. Partout on verra du maïs ou bien du blé et pas souvent autre chose. Il me dit qu’un chemin romain partait de Bâle et venait dans cette direction, que les soldats suédois à la solde de Louis XIV lors de la guerre de 30 ans ont tué hommes et pris les femmes et vient de là, que les gens aient souvent les cheveux blonds. Ce coin de pays est le leur depuis toujours.

RUBAN 24  kilomètre 51.76  – Spechbach-le-Haut

Je m’arrête pour manger à une table de pique-nique, près d’un ruisseau, dans un coin d’herbe en bord de route. Plusieurs personnes s’y baladent avec leur chien.  Quoique je me sois imposée une pause, je ne peux résister à l’occasion lorsque Lucas et son papa reviennent de ce côté avec leur chienne Lily. Lucas vit depuis 5 ans à Spechbach-le-Haut, je crois bien depuis son toujours à lui. Je discute avec son papa et apprends qu’il a choisi ce village parce que c’est un havre de paix.  Il participe à la vie et aux initiatives du village. Il y a possibilité de cueillir soi-même ses fleurs à Sprechbach-le-Haut, des glaïeuls, que l’on paie ensuite à l’unité. Il m’indique le champ d’en face et j’imagine un tapis multicolore gigantesque.

RUBAN 25  kilomètre 52  – Spechbach-le-Haut

Gina et Marc se sont installés ici il y a 10 ans. Secrètement amoureux à 18 ans, chacun a fait son chemin de son côté avec un autre conjoint. Puis se sont retrouvés et ont choisi d’être ensemble. Ils ont acquis cette ancienne propriété qu’ils rénovent et ont reconstruit la maison. Le lieu est comme eux, lié, chaleureux.

RUBAN 26  kilomètre 52.15  –   Spechbach-le-Bas

Florence y associe la sérénité. Elle est arrivée ici avec ses parents qui s’y sont installés en 1981 lorsqu’ils ont construit leur maison, il y a 31 ans. Elle a épousé un homme natif du village. Elle est enseignante et elle doit aujourd’hui faire des corrections.

RUBAN 27   kilomètre 54.85  – Spechbach-le-Bas

En ce milieu d’après-midi, je croise maintenant un peu plus de gens. Je cherche comment me diriger vers Illfuhrt en longeant le canal. Je m’adresse à Michelle qui vit à Spechbach-le-Bas depuis 9 ans. Elle se promène avec son chien. Elle m’indique le chemin puis je lui explique mon projet. Elle me parle d’un projet qu’elle a d’un voyage au Canada. Je fais un dessin d’elle.

RUBAN 28   kilomètre 55.71  – Spechbach-le-Bas

En me dirigeant vers la sortie du village, je rencontre Alain qui fait aussi une promenade en direction du canal. Je fais un dessin. Il vit à Spechbach-le-Bas depuis 40 ans. Il me parle de ses voyages en Europe et qu’il aimerait voyager en Amérique. Malheureusement sa conjointe n’aime pas l’avion.

RUBAN 29   kilomètre 56.55  – Heidwiller

Il y a plus d’achalandage de l’autre côté du canal.  Je vois des cyclistes, des marcheurs. Je m’adresse à Jean-François qui s’y trouve avec son chien Caramel. Il habite à Heidwiller depuis 30 ans. Il a fait quelques voyages au Canada, à Ste-Trinité. Il a de la famille à Toronto.

RUBAN 30   kilomètre 58.13  – Illfuhrt

Carine se tient en bord du canal, là où elle m’indique la maison où elle et sa famille vit. Elle est à Illfuhrt depuis plus de 16 ans, depuis que sa fille est née. Il me semble qu’elle fut une très jeune maman puisque je lui donne la mi-trentaine..

RUBAN 31   kilomètre 58.58  – Illfuhrt

Lorsque j’entre à Illfuhrt passé le pont, je m’adresse à un homme qui travaille à reconstruire un solage dans une cour.  Je me trouve en fait sur la plus ancienne propriété de Illfuhrt qu’il me dit, je regarde au dessus de la porte: 1606 !!  Dire qu’on a fêté les 400 ans de fondation de Québec en 2008…  Eh bien cette maison tenait déjà debout ! Nous sommes chez lui, il est accompagné de son fils et il est né ici même dans la maison, il y a 70 ans.  Il a fait partie du conseil municipal où il s’est impliqué pendant 30 ans. Il est un des piliers de cette ville.

RUBAN 32   kilomètre 60.23  – Tagolsheim

Sur la rue où je circule, les maisons se trouvent en hauteur à ma gauche.  Daniel et Tristan, père et fils, font l’aménagement paysager de la propriété de Tristan.  Il s’y est installé il y a 8 ans. Il a acheté la maison qu’il a rénovée par lui-même et en faisant appel à des contacteurs pour certains travaux. En ce moment, il refait aussi le garage qui s’intégrera à la façade de la maison. Auparavant de Mulhouse, c’est cette maison qui l’a fait déménager à Tagolsheim. À l’intérieur, on doit y avoir une très belle vue sur le village.

RUBAN 33   kilomètre 61.96  – Luemschwiller

Je m’arrête pour parler à Carine, qui est en visite dans sa famille.  Elle habite présentement ailleurs mais est née ici et se promet de revenir s’installer à Luemschwiller pour vivre tout proche des siens, et aussi pour la communauté, la tranquillité et la beauté des lieux. Elle se dirige vers la voiture, à l’intérieur se trouve son petit bébé, c’est une jeune maman.

RUBAN 34  kilomètre 62  – Luemschwiller

Je ne suis plus certaine de ma route.  Lorsque j’étais passée à Luemschwiller pour faire route vers le Ballon il y a trois jours, j’avais pris un autre chemin. Je m’arrête pour m’adresser à Micheline qui est assise sur sa terrasse en compagnie de deux autres personnes. Elle me dit comment rejoindre la route qui passera de Luemschwiller vers Walheim un peu plus haut et m’invite à m’assoir un moment avec eux. C’est une rencontre amoureuse qui l’a fait s’installer ici. Auparavant, elle a vécu dans un édifice où elle a rencontré son compagnon actuel. Leurs noms de famille sont à une lettre près le même. Ce qui avait confondu le postier qui avait issu le courrier à la mauvaise boîte aux lettres. Par ce réacheminement de lettre, ils se sont rencontrés. C’est donc dire que c’est la faute au postier. Je fais un dessin de Micheline. Avec son conjoint, elle vit ici depuis 2001, donc depuis 11 ans.

RUBAN 35   kilomètre 63.46  – Walheim

J’aime ces chemins tranquilles dessinés pour le vélo et les gens. Quatre personnes discutent ensemble devant la maison de Clément, dans la descente du chemin. Il est né sur la rue de Luemschwiller à Walheim, en 1939. J’apprends que Mulhouse signifie «maison moulin» (dépôt suisse) et qu’il y a 111 villages dans le Sundgau. Son fils vit dans la maison juste derrière la sienne.

RUBAN 36   kilomètre 65.77  – Wittersdorf

Je m’arrête devant une maison où je vois deux dames assises et un homme qui transporte des objets qu’il met à la rue et qui seront collectés par la municipalité.  Bernard est arrivé ici à l’âge de 3 ans, sa famille vit ici depuis toujours. Il a fait partie des Fusiliers Marin et de la garde du Général de Gaule lors de sa tournée au Québec en juillet 1967. Chez lui, pour les travaux malaisés, il est considéré le «Boy 2». Parce que le «Boy #1» est sa douce moitié.

Ce soir-là, je rentre à Bâle et reviens le lendemain reprendre ma route à Wittersdorf. 23 mars, JOUR 3 :

RUBAN 37   kilomètre 66.29 – Wittersdorf

Je traverse Wittersdorf sur un chemin qui serpente à travers maisons en petites montées et descentes. Je m’arrête près de deux personnes qui viennent d’arriver en voiture. Nous sommes devant chez elles. Nathalie m’explique que cela fait 7 ans qu’elle vit à Wittersdorf. Elle et son conjoint ont eu un coup de coeur pour la maison.

RUBAN 38   kilomètre 67.90  – Emlingen

Comme la veille à la même heure, je ne croise plus personne sur mon chemin. Je tourne un peu en rond à Emlingen, convaincue que je vais finir par y croiser une personne. J’entends du bruit au coin de la D6b, à proximité d’une entreprise de mécanique, carrosserie et peinture. En m’engageant dans la cour, je me dis là que j’exagère. Spécialement lorsqu’un énorme chien trottine silencieusement dans ma direction. Je me dis qu’il n’aura pas peur de faire une bouchée de moi et qu’il ne va pas hésiter et qu’un chien qui n’aboie pas est plus dangereux encore, ou bien qu’à l’inverse il est habitué de voir du monde celui-là. Toutes ces pensées-là passent très rapidement. En fait, c’est l’option trois qui l’emporte et il s’avère vraiment doux ce gros pitou. Gilbert s’approche et lorsque je lui parle de mon projet, il m’accorde tout de suite un peu de temps. Il vit ici depuis 59 ans et y et possède son entreprise depuis 33 ans. Il me dit qu’il aurait bien aimé pouvoir bénéficier des conseils de ses prédécesseurs. Qu’il faut transmettre ce que l’on sait, son savoir, aux générations qui suivent plutôt que leur imposer les mêmes difficultés que celles que l’on a vécues, et de ne pas faire de rétention d’information. Qu’il est important de bien préparer les jeunes à ce qui les attend. Il aimerait écrire un livre sur sa propre expérience. Selon lui et il trouve cela dommage, les mauvaises choses nous marquent davantage que les bonnes.

RUBAN 39   kilomètre 68.55  –  Tagsdorf

Au coin de ce joli village, j’aperçois un homme qui travaille à l’entretien de la rue. Je m’arrête pour converser avec Monsieur Riss qui a toujours vécu ici. Il a aussi un frère qui vit au village. Il me dit qu’il connaît les gens lorsqu’ils ont vécu longtemps à Tagsdorf mais qu’il y a de nouvelles maisons et du fait, de nouveaux concitoyens et qu’il a peu d’occasions de les rencontrer et de les connaître.

RUBAN 40   kilomètre 70.77  – Heiwiller

Un dame marche de l’autre côté de la route, elle me rejoint lorsque je m’adresse à elle. Marinette qui vit à Heiwiller depuis 30 ans est institutrice à Tagsdorf. Elle mentionne le voyage qu’elle a déjà fait au Québec.

RUBAN 41   kilomètre 73.02  – Wahlbach

Après un arrêt pour manger à Wahlbach, je m’approche de 3 personnes qui discutent ensemble au bord du chemin. Il s’agit de Jean-Marc et de ses deux sœurs. Il me raconte que des québécois sont arrivés ainsi par pur hasard chez lui, où il tient gîtes et chambres d’hôtes. Il propose différentes activités de découverte de la culture de sa région.  Il vit depuis toujours à Wahlbach. Ses parents vivent dans la maison à côté.

RUBAN 42   kilomètre 75.01  – Zaessingue

J’explore un peu ce village avant de voir au loin un homme s’éloigner sur le chemin. Je rejoins Gérard qui vit à Zaessingue depuis bientôt 80 ans, en octobre, depuis toute sa vie. Il a travaillé la terre. Alors que ses frères et sœurs avaient quitté, lui restait pour reprendre l’affaire paternelle et vivre de l’agriculture. Il ne s’est pas marié. Il me dit qu’il a fait la guerre d’Algérie et que cela aujourd’hui a eu beaucoup plus d’importance que l’on peut le penser. Mais que lorsqu’on est jeune, on peut tout surmonter.

RUBAN 43   kilomètre 77.59  – Magstatt-le-Haut

Un monsieur et son petit garçon discutent avec une dame en bordure de route.  Ils acceptent que je prenne une photo d’eux. Nolan et son papa vivent à Magstatt-le-Haut depuis 2 ans. Ils ont aimé la maison et aiment aussi cette communauté. Le petit Nolan se destine certainement à une carrière d’acteur. Il a beaucoup de choses à raconter, à vouloir nous faire ressentir.

RUBAN 44   kilomètre 77.59  – Magstatt-le-Haut

Cécile est la dame avec qui Nolan et son papa conversaient. Elle est née ici, il y a 87 ans, en juillet. Son fils et son petit-fils ont repris la culture du maïs et du blé. Présentement, ils reconstruisent le hangar pour abriter la machinerie lourde agricole dont ils disposent, l’ancien hangar ne satisfaisant plus pour les dimensions des machineries actuelles beaucoup plus grosses. Elle conduit toujours sa voiture même si, qu’elle me dit en sourdine, que son pharmacien le lui interdit à cause des médicaments, pour visiter sa sœur à Franken.

RUBAN 45   kilomètre 77.95  – Magstatt-le-Haut

En bord de route, je demande à un homme qui marche avec son petit chien si je suis dans la bonne direction pour Stetten et il me répond que je dois passer par Magstatt-le-Bas pour m’y rendre. C’est là que lui même vit depuis 25 ans. Maurice rigole en me disant qu’ici « les villages d’en haut sont en bas et ceux d’en bas sont en haut ». Jusqu’à l’an passé, il a été ferblantier, a travaillé sur la route, puis il a été licencié. Depuis, il prend le temps de profiter des choses.

RUBAN 46  kilomètre 81.27  – Stetten

Je m’écarte un peu de ma route pour me diriger vers un homme et deux femmes qui discutent près d’une maison. Lorsqu’ils m’entendent, ils reconnaissent l’accent québecois. Il s’agit de Cathy et de ses parents.  Son père connaît entre autres la ville de Sherbrooke et Cathy a fait un stage de 15 jours au Cégep de la Pocatière, reconnu au Québec pour son programme en botanique et agriculture. Cela fait 34 ans, toute sa vie, que Cathy vit ici. Lorsque ses parents s’y sont installés, ils se sont senti plein d’amour et d’entrain et la petite Cathy est venue les rejoindre à peu près neuf mois plus tard. Aujourd’hui, la famille s’est encore élargie et Cathy est maman de deux jolies jeunes filles. On m’explique que l’alsacien comme langue et identité était là bien avant le franc et l’alaman. Avant mon départ, on me fait goûter à de l’eau de sirop de sureau. Un délice qui tombe à point sous le soleil et à vélo. Nous cherchons la traduction de sureau en anglais. Je les quitte en emportant une bouteille que me remet le père de Cathy. Il me suggère de rapporter la bouteille si je repasse.. Volontiers !

RUBAN 47   kilomètre 82.37  – Kappelen

Trois dames discutent dans l’allée d’une maison. Je m’adresse à elles et Jeannette me dit que son époux est né dans la maison voisine, qu’en se mariant elle est venue s’installer à Kappelen, il y a 43 ans. Ils ont eu deux enfants dont une s’appelle aussi Sylvie comme moi. Elle arrive tout juste du coiffeur et a une toute nouvelle coiffure. Elle porte habituellement une coiffure plus classique et ceci la change beaucoup selon son mari. En fait, comme il s’agit d’une très belle femme, tout doit lui aller, et ceci lui va à ravir. Elle en rit.

Ceci interrompt la suite de ce parcours qui se poursuivra dans quelques jours. Je ne voulais plus tarder à rendre un compte-rendu et faire un premier récit en ligne pour saluer toutes les personnes que j’ai rencontrées. Du Ballon d’Alsace jusqu’au 82.37 km, ce fut pour moi une aventure absolument palpitante. Que les gens ont été accueillants et souriants ! Ils m’ont parlé d’eux, m’ont confié de leurs préoccupations. J’ai vécu ce parcours si intensément. Merci pour votre chaleur et votre tempérament. Je comprends que l’on veuille y rester, y revenir et y vivre. Salutations à vous toutes et tous !

Le 29 mars, je repars vers Michelbach-le-Bas pour reprendre ma route là où 6 jours plus tôt je l’avais interrompue :

RUBAN 48   kilomètre 84.87  – Michelbach-le-Bas

Je m’arrête devant une propriété où se trouvent 3 messieurs. Il s’agit d’un homme et son fils et de Jean-Marie. Tous les trois sont du village. Jean-Marie vit à Michelbach-le-Bas depuis 58 ans. Il travaille à Bâle. Il m’explique qu’il y a trois Michelbach : le Haut, Le Bas et celui qui se trouve près de Thann. Les trois hommes parlent l’alsacien ensemble. Une personne du village qu’ils ont connue, s’est installée au Québec depuis plus de quarante ans et ils tentent de raviver des souvenirs. Puis on parle de la vie du village qui diffère de celle de la ville qui est plus individualiste. L’enracinement à la terre est possible lorsqu’on y a passé du temps, c’est comme un arbre dont les racines s’enfoncent et se solidifient lorsque l’arbre grandit, avec le temps.

RUBAN 49   kilomètre 86.97  – Blotzheim

Un couple travaille à préparer le jardin devant la maison. Lorsque je m’arrête pour leur parler, l’homme comprend mal ce que je lui dis. Ils parlent entre eux l’alsacien, le français est pour eux une seconde langue. La dame me dit qu’à cause du froid de février dernier, elle a perdu plusieurs belles plantes auxquelles elle tenait. Il faudra planter autre chose. Sean et son épouse ont voyagé au Canada il y a une vingtaine d’années. Ils avaient visité les hauts lieux touristiques de l’Est Canadien : chûtes du Niagara, Toronto, Ottawa, Montréal, la ville de Québec. Ils se souviennent surtout d’avoir été reçus par une famille dans un village québécois. Ils me disent qu’après Napoléon, la région s’est trouvée sous le régime allemand. Puis qu’après la grande guerre de 14-18, le territoire est devenu français. En 1939, ça été annexé à nouveau à l’Allemagne, puis à la fin de la 2ième, redevenu français. Il faudra que je regarde cela comme il faut dans un livre d’histoire pour me refaire un portrait. Sean me dit que son nom se traduit en allemand par Johan. En me voyant à vélo, il se rappelle ses propres expéditions lorsqu’il était bien plus jeune. Mais il n’est plus trop tenté par cela. Il a subi une inflammation des vaisseaux sanguins, une affection rare qui a touché tout le côté gauche de son corps, il y a quelques années. Cela l’affecte encore aujourd’hui. Il se trouve chanceux qu’il dit, d’avoir pu être diagnostiqué à temps dans un hôpital à Colmar, sinon il ne serait pas là pour me parler. Il me raconte aussi qu’avant 1945, on pouvait compter les voiture à Blotzheim sur les doigts d’une seule main. Il est né ici à Blotzheim et vit sur cette propriété avec son épouse depuis 42 ans.

RUBAN 50   kilomètre 87.31  – Blotzheim

Je m’arrête à hauteur de David qui marche en ma direction sur le trottoir avec un lourd sac. Il est suisse allemand et auparavant il vivait à Lucerne. Il trouvait long de devoir voyager 2 heures par trajet pour se rendre à Bâle pour son travail et comme il doit régulièrement se rendre à l’aéroport Euro-Mulhouse-Bâle il a choisi de s’installer à Blotzheim il y a un an. Il connaît encore peu la communauté de Blotzheim, mais sait que cela viendra avec le temps. Il aime l’animation sur la rue lors des fêtes du village.

RUBAN 51   kilomètre 89.57  – Blotzheim

Je vois au loin un jeune homme qui cherche à pied quelque chose en bordure du chemin. Il me dit qu’il a perdu un morceau de pare-choc dans ce coin-ci, qu’il espère le retrouver. Cantin vit à Blotzheim depuis 22 ans. Je lui demande s’il compte s’installer au village plus tard. Il me dit qu’il va plutôt voyager lorsqu’il aura les moyens de le faire et qu’il aimerait explorer l’Australie, le Japon.

RUBAN 52   kilomètre 91.61  – Hésingue

Je m’arrête à hauteur d’un couple en train de discuter avec une amie qui pousse un landau. Ils sont pressés, sur le point de monter en voiture et je n’ai pas le temps de leur demander un petit nom. L’homme me dit qu’il vit ici depuis 1960. Il travaille tout près et sa famille se trouve aussi dans les environs.

RUBAN 53   kilomètre 93.13  – St-Louis quartier Bourgfelden

Je rencontre Cathy qui s’est installée il y a 33 ans à Saint-Louis, lorsqu’elle a épousé un alsacien.  Elle est parisienne ! La fille de Cathy a passé un an récemment à Montréal. Elle se souvient que ses premières années ici, les gens parlaient l’alsacien partout et qu’elle a eu de la difficulté à comprendre au départ. On lui disait «Vous venez de l’intérieur…» en parlant de l’intérieur de la France, parce que l’Alsace se voyait jointe à la France à nouveau depuis quelques années, mais se sentait autre, vivant une culture différente et incitée à intégrer la culture française. Elle me raconte aussi l’incompréhension des gens de « l’intérieur » (français hors Alsace) étonnés par le slogan « Unsere Sproche.. » à l’entrée de villages alsaciens, dont ils s’exclament  : « mais votre langue, c’est le français ! »

RUBAN 54   kilomètre 93.54  – St-Louis / Bourgfelden

Sur le sentier qui me permet un raccourci vers la frontière, je longe le Stade de Foot. De Burgfelden. J’y rencontre un homme, et ici aussi, j’oublie de demander son nom. Il est là pour une rencontre des Clubs de foot. de Burgfelden et de Saint-Louis et d’autres sont déjà là, en train de se regrouper. Un copain s’arrête à notre hauteur pour saluer l’homme avec qui je parle : « Bonsoir Monsieur Flo…! »  Bien ça y est, j’ai un nom !  Monsieur Flo vit à St-Louis depuis 22 ans.

RUBAN 55   kilomètre 93.64  – Saint-Louis / Bourgfelden

Un homme est en train de remplir les réservoirs de lave-vitre et autres liquides, la tête sous le capot de la voiture. Jean-lou a épousé une alsacienne et c’est la raison pour laquelle il s’est installé à Bourgfelden en 1978. Il est tout près de Bâle, là où il travaille.

RUBAN 56   kilomètre 94.71  – Saint-Louis / Bourgfelden

Turid discute avec une amie devant chez elle. Elle rentre probablement à l’instant puisque qu’elle me dit qu’elle va retrouver son fils qui doit aussi être rentré à la maison, et voir comment tout va. Elle est d’origine norvégienne. Son travail à proximité l’avait fait découvrir cette maison où elle s’était adressée pour demander si ça n’était pas à vendre par hasard. C’est comme ça qu’elle s’est installée dans cette maison, il y a 22 ans. Des chevaux viennent de passer tout près. Turid me dit qu’elle a travaillé avec cette ferme, que pour son travail on utilisait les chevaux en processus de traitements, elle est kinésithérapeute.

RUBAN 57   kilomètre 95.09  – Bâle

Sitôt passé la frontière, c’est déjà la ville. Aucune transition. J’anticipe un peu la rencontre à venir. Avec mon niveau d’allemand ce sera peut-être plus difficile qu’en français en France. Le jour tombe, il fait déjà sombre. Il vaut mieux continuer demain. Mais je fais un dernier arrêt à la station de tram. Je rencontre Tarani qui tient le kiosque de tabac et journaux. Elle est propriétaire de différentes affaires à Bâle et gère en outre, le restaurant City Bar à la gare SBB. Elle vient du Sri Lanka et s’est installée à Bâle il y a 15 ans.  Elle a deux enfants. Elle a aussi de la famille au Canada, à Toronto et à Montréal. Au moment où je suis avec elle, un jeune garçon vient lui demander si elle a reçu de nouvelles cartes de joueurs de foot. Elle ne les aura que demain, il insiste un peu, pas avant demain qu’elle lui répète. Elle m’offre une bouteille d’eau bien fraîche pour continuer mon chemin. Je pense que mon allemand a passé le test ou peut-être que Tarani avait une bonne oreille. Je verrai la suite demain. Je rentre au studio.

31 mars, reprise et fin du parcours :

RUBAN 58  kilomètre 95.47  – Bâle quartier St. Johann

Je vois venir au loin quelqu’un sur un drôle de vélo, Stephan qui pédale est haut juché sur un vélo avec à l’arrière, une remorque qui transporte Luna. Elle vit depuis toujours à Bâle, dans le quartier St-Johann. J’évalue peut-être depuis 11 ans. Elle est vraiment jolie. Elle dit aimer Bâle. Avant de s’installer ici, Stephan a vécu à Genève. Il est artiste et artisan.

RUBAN 59  kilomètre 95.67  – Bâle quartier St. Johann

Je rencontre une grand-maman avec trois petits-enfants. Elle pousse en carrosse le plus jeune des trois. Aujourd’hui, ils s’en vont au zoo. La journée est magnifique, c’est parfait pour. Sam vit depuis toujours à Bâle, c’est à dire depuis près de trois ans.

RUBAN 60 kilomètre 95.98  – Bâle quartier St. Johann

Dans Kannenfeldpark, royaume des enfants et des jeux, je m’adresse à Zeynep. Elle a un petit garçon qui vient la voir et puis qui repars jouer. Elle est arrivée à Bâle il y a 3 ans et demi. Elle aime beaucoup sa ville.

RUBAN 61  kilomètre 96.29 – Bâle

Je vois des hommes rassemblés autour d’un jeu d’échec géant. Les habitués s’y trouvent. Une dame à qui je m’adresse parle français et elle me suggère de m’adresser à François. On l’appelle ici Franzi. Il est originaire d’Alsace et vit à Bâle depuis 35 ans, où il a travaillé. Avec son épouse qui parle anglais, il a voyagé au É-U et a fait une petite incursion au Canada.

RUBAN 62  kilomètre 96.82  – Bâle

Sur Hebelstrasse, deux dames discutent sur le trottoir. Maria est originaire de Venise. Lorsque son époux est décédé, elle a travaillé comme infirmière. De ses petits-enfants ont un logement tout près d’elle. Elle vit à Bâle depuis 43 ans dans ce beau quartier. Elle m’explique que ça a beaucoup changé depuis son arrivée. Là où était le magasin général est maintenant une boutique, et là où était la boulangerie est autre chose de privé. Elle trouve que les gens du quartier ont aussi changé. Elle les connaît moins. Elle est élégante, et a un sourire débordant.

RUBAN 63  kilomètre 97.47  – Bâle Université

Je passe par le campus de l’université de Bâle. Trois étudiants discutent et je m’arrête à leur hauteur. À eux trois ils sont représentants du coin des trois pays – Dreiländereck : un étudiant français, un allemand, et katja qui est suisse. Elle est née au Costa-Rica mais n’y a pas vécu. C’est un pur hasard qu’elle soit apparue là. Cela fait 3 ans qu’elle est à Bâle pour ses études et elle compte s’y installer pour la suite.

RUBAN 64  kilomètre 97.86  – Bâle Alte Stadt

Maren est propriétaire la boutique xocolatl. On y trouve des chocolats de partout dans le monde. Elle choisit méticuleusement ses produits, visite des compagnies à l’étranger et les sites de production. Elle est passionnée et c’est une spécialiste en cette matière. Nous sommes au royaume du chocolat, toutefois Maren propose autrement de découvrir des chocolats issus d’autres pays. La boutique a pignon sur rue depuis 7 ans mais Maren vit à Bâle depuis 25 ans. Auparavant, elle a vécu à Bern.

RUBAN 65  kilomètre 98.05. – Bâle Alte Stadt

Stephan possède la boutique de bijou sur la petite rue Rheinsprung depuis 5 ans avec son épouse et partenaire et vit à Bâle depuis 12 ans. Il est originaire de Vienne en Autriche. Il a étudié les sciences pures, détient un doctorat en biochimie et a travaillé dans ce domaine pendant quelques années. Lorsque, avec sa compagne, ils ont décidé de fonder leur boutique et atelier, c’était un défi qu’ils ont réussi à tenir, tant au niveau professionnel que de vie familiale. Ils créent et confectionnent des bijoux, de même qu’ils réalisent des créations sur mesure et font aussi des réparations. La vitrine est garnie de perles, de différentes couleurs et formes. Je n’avais jamais porté attention au mot « Schmuck », qui veut dire bijou en allemand.

RUBAN 66  kilomètre 98.84  – Bâle quartier St. Alban

Diaz se trouve dans un sas à l’entrée d’une maison, il balaye le sol. Il parle peu l’allemand mais nous arrivons à nous comprendre. Il est originaire d’Espagne et vit à Bâle depuis 11 ans. Il aime bien cette ville. Lorsque je lui propose de faire la photo, il se dépêche de mettre ses lunettes de soleil, question d’attitude.

RUBAN 67   kilomètre 99.34  – Bâle quartier St. Alban

Directement sous mon atelier se trouve un bureau de conception et de design tenu depuis 15 ans par M. Bopp et son partenaire. Ils emploient des designers et disposent de deux espaces vis-à-vis au rez-de-chaussée. Je lui demande comment il perçoit ce coin de Bâle. Il me fait un portrait de Bâle de son enfance. Alors qu’il était petit garçon, il aimait ce quartier ouvrier et espérait un jour y avoir affaire. À l’époque on produisait ici du ruban de soie. Les manufactures se trouvaient le long du canal que l’on entend et ce quartier industriel était achalandé par des familles d’ouvriers. Dans les vingt dernières années, le quartier est devenu huppé, d’importants musées et des gens nantis s’y sont installés. Lorsque je lui parle de mon projet, il me parle de la configuration des Belchen : trois montagnes situées en triangle et orientées selon les levés et couchés du soleil à certains moments de l’année solaire. Exactement au centre du triangle dessiné par trois montagnes dont fait partie le Ballon d’Alsace, est situé le monastère de Bâle.

FIN DE PARCOURS

Distance du trajet nord-ouest : 99.34 km. Distance totale parcourue à vélo : 320 km. Durée du parcours: 5 jours, et 67 rencontres sur l’itinéraire.

Pour reprendre ce trajet, voici la route